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Niveau : initié

Introduction

L’hiver 1981-1982, à première vue, ne sort absolument pas du lot. Les paramètres principaux sont tous normaux. Avec, à Uccle, une température moyenne de 2,4°C, un total de précipitations de 188,2 mm et une insolation de 194h10 (héliographe classique), on peut juste dire que l’hiver a été un rien trop froid, un rien trop sec et un rien trop ensoleillé.

Pourtant, à y regarder de plus près, on peut constater que plein de phénomènes extrêmes se sont produits durant cet hiver-là. Seulement, ils ont souvent été en sens opposé et se sont compensés les uns les autres.

Même dans les moyennes mensuelles, les bizarreries n’apparaissent pas encore vraiment. Le mois de décembre 1981 a été certes trop froid, mais pas exceptionnel. Mais la situation atmosphérique, surtout durant la deuxième décade du mois, a déjà été assez particulière, avec de nombreux retours d’est et un vent souvent pénétrant de nord-est. Le ciel presque constamment voilé de cirrostratus, de cirrocumulus et d’altocumulus parfois lenticularis était très caractéristique de cette période.

À Uccle, la couche de neige est restée très fine, mais a persisté de façon presque constante pendant 16 jours en raison du froid.


Photo : Robert Vilmos


En Ardenne, la situation a été tout autre. Les Hautes Fagnes sont restées enneigées pendant tout le mois, et la couche est montée jusqu’à 56 cm du 26 au 29 décembre tant au Signal de Botrange qu’à Mont-Rigi.

Des conditions aussi hivernales sont rares en décembre. Il faudra attendre 2010 pour retrouver autant de neige dans les Hautes Fagnes pendant un mois de décembre. En outre, la durée totale de l’enneigement, de 67 jours (du 25 novembre 1981 au 31 janvier 1982), a été extrême, surtout si tôt dans la saison. C'est en tout cas bien plus que les 59 jours de l’hiver 2010-2011. Mais au niveau de la hauteur maximale de la neige, 2010-2011 a fait mieux, avec 74 cm à Mont-Rigi.        

Janvier 1982 a des moyennes tout à fait ordinaires. Mais combien d’extrêmes qui se sont compensés les uns et les autres, et combien de phénomènes exceptionnels qui sont restés insoupçonnés ! Ci-dessous, vous trouverez une analyse détaillée de la période la plus intéressante, en l’occurrence celle du 3 au 17 janvier.

Enfin février 1982 a été parfaitement printanier du 1 au 14, avec soleil, douceur et peu de pluies. Surtout la période du 10 au 13 a été agréable, avec des températures de 12 à 13°C au centre du pays, et un ciel serein ou voilé de cirrus et cirrostratus. Le 12, les cumulus de beau temps faisaient même déjà penser à une journée du mois d’avril.

Puis un retour de manivelle ! Presque toute la deuxième moitié du mois a été froide et, dans un premier temps, très grise. Puis le soleil est revenu mais sans réussir, cette fois-ci, à vraiment faire remonter les températures

Voyons maintenant en détail la période du 3 au 20 janvier, qui vous réservera encore bien des surprises.

Analyse de la situation au jour le jour

3 janvier 1982

Le temps est particulièrement doux avec un vent de sud à sud-ouest. Ce jour-là aussi, on peut déjà presque dire qu’il fait beau et printanier. Le ciel est juste voilé d’épais cirrus et de quelques cirrocumulus. On observe aussi des altocumulus qui prennent parfois des formes lenticulaires. Quelques bancs de stratocumulus rendent le ciel par moment plus nuageux. La température monte jusqu’à 11-12°C au centre du pays, et il faut monter très haut en altitude pour retrouver le gel. À 1 440 mètres (niveau 850 hPa), il fait encore 6°C. La nuit apportera une dégradation du temps avec de la pluie.

On se trouve dans un flux de sud-ouest, dans le secteur chaud d’une perturbation associée à une dépression sur l’océan, loin au large de l’Irlande. Sur la Méditerranée, les pressions sont élevées tandis qu’un autre anticyclone, situé au nord de la Scandinavie et développant une crête jusqu’en Finlande, n’a aucune influence sur le temps de nos régions.


4 janvier 1982

À l’arrière d’un front froid séparant l’air tropical maritime d’un air polaire très indirect, la température ne descend qu’en altitude. Au niveau du sol, il fait toujours aussi doux, mais le temps est plus instable, avec des averses et même un peu d’orage le soir. Le ciel est souvent très nuageux avec des cumulus et des stratocumulus, mais aussi des cumulus congestus et des cumulonimbus. Dans les rares éclaircies, on voit des cirrus, des cirrocumulus et des altocumulus parfois castellanus. Le vent s’est renforcé et souffle désormais d’ouest à sud-ouest. Au niveau 850 hPa, la température a quelque peu baissé (3°C à 1 390 mètres), ce qui confirme l’instabilité.

Dans un cadre plus grand, on peut dire que le flux général de sud-ouest persiste sur nos régions, avec un défilé de dépressions océaniques au nord de nos régions et un anticyclone sur la Méditerranée. Vers 60° de latitude nord, une circulation de nord-est se dessine de mieux en mieux. À surveiller…


5 janvier 1982

Apparemment, nous voilà repartis pour un hiver doux, après un décembre (un peu) froid, avec (un peu de) neige à Bruxelles, neige qui a fondu juste avant Noël, bien évidemment !

Aujourd’hui, il fait à nouveau dans les 10°C, tant à Bruxelles que partout ailleurs en Basse et Moyenne Belgique, et le vent est fort, soufflant d’ouest, puis de sud, puis à nouveau d’ouest. En plus, cette fois-ci, il fait un temps « à ne pas mettre un chien dehors », pluie et averses, temps instable le matin, perturbé l’après-midi et à nouveau instable par après. Dans le ciel pourtant, on voit à peine la différence entre l’instable et le perturbé. Cumulus et stratus fractus de mauvais temps, tant sous les nimbostratus que sous les cumulus et stratocumulus séparant les cumulonimbus générant les averses.

Au niveau 850 hPa (1 380 m), la température baisse encore un peu, mais toujours rien d’hivernal, il ne gèle même pas à cette altitude-là, il y fait toujours 1°C.

On reste sous ce même flux de sud-ouest, au sud d’une occlusion (back bent occlusion) qui ondule légèrement juste au nord de nos régions. Et au nord de cette occlusion, une circulation d’est à nord-est qui descend lentement en latitude. Il s’agit là d’une séparation très nette entre l’air doux et l’air froid, qui rappelle un peu ce qui s’était passé durant l’hiver 1978-1979

 


 

 La carte ci-dessus (isobares en blanc) montre cette circulation de nord-est qui s'écoule juste au nord de nos régions tandis que ces dernières sont encore soumises à une circulation de sud-ouest.

 


Source : Wetterzentrale


Cette carte des température au niveau 850 hPa illustre quant à elle le transport d'air très froid, d'origine russe, se développant au sein de cette circulation de nord-est. À ce stade, c'est surtout la Scandinavie qui en est concernée.

6 janvier 1982

Tiens ! Il fait froid ce matin ! Il gèle même ! Que se passe-t-il ? Aurions-nous vraiment le même phénomène qu’en 1978-1979 ? Le grand hiver, est-il vraiment à nos portes ? En tout cas, la chute de température est spectaculaire ! Entre 1 et 4 heures du matin, le thermomètre a baissé de 9 à 3°C à Uccle, avant de descendre en-dessous de 0°C en début de matinée. À Spa, la chute a été plus spectaculaire encore, avec 6°C à 4 heures et –3°C à 7 heures. Au littoral, la chute a été sensible aussi, et a commencé dès minuit. Par contre le gel ne s’y manifestera que plus tard, en raison du rôle modérateur de la mer

Dommage qu’il ne neige pas, cette fois-ci. Juste quelques flocons insignifiants. Le vent, lui, a tourné au nord à nord-est en restant soutenu. Le ciel, très nuageux en matinée avec des stratocumulus, s’est dégagé par la suite avec des cumulus jusqu’au stade mediocris et quelques cirrus. Ces cumulus ont pu se former en raison du très important refroidissement de l’air en altitude, avec –13°C à 1 210 mètres, juste en-dessous d’une légère inversion (–12°C à 1 390 mètres au niveau 850 hPa). Plusieurs autres inversions se trouvent à des niveaux supérieurs, preuves d’une grande discontinuité dans l’atmosphère, avec l’air vraiment doux rejeté à 3 500 mètres d’altitude.

Le flux de sud-ouest s’est décalé vers le sud sous la poussée de l’occlusion, qui s’est véritablement transformée en front froid. Mais les précipitations sont (quasiment) toutes tombées avant l’arrivée de l’air froid, sous forme de pluie ! Pas de neige au sol donc, à l’exception des plus hauts plateaux de l’est, qui en ont conservé un peu du mois précédent !
Voici encore, pour conclure, un relevé des températures tri-horaires d’Uccle (synoptiques) : 1h = 9,0°C ; 4h = 3,0°C ; 7h = 0,4°C ; 10h = –1,3°C ; 13h = –1,4°C ; 16h = –0,7°C ; 19h = –1,8°C ; 22h = –3,3°C.


7 janvier 1982

Il fait franchement froid, mais beau. Le vent a bien tourné à l’est, et il a faibli. Quelques cirrus et cirrostratus dans le ciel, plus nombreux l’après-midi. L’un ou l’autre cumulus humilis a également réussi à se former au-dessus de la Haute Belgique.

Au niveau 850 hPa, la température est temporairement descendue jusqu’à –15°C la nuit, avant que l’inversion ne se rabaisse à nouveau en-dessous de ce niveau. À midi, on observe –13°C à 1 200 mètres d’altitude mais –11°C à 1 480 mètres d’altitude (niveau 850 hPa). Dans les basses couches, en dépit d’une certaine instabilité en journée, il n’y aura plus de dégel au niveau du sol.

Le flux zonal qui circulait au sud de nos régions se disloque temporairement. Un anticyclone sur la Scandinavie, avec un second noyau sur les îles Britanniques, et une dépression sur l’ouest de la Russie (Union Soviétique à l’époque) deviennent les acteurs principaux pour le temps sur nos régions.


8 janvier 1982

Toujours le froid ! Le ciel s’est couvert en plus. Et on se met à espérer ! Une nappe d’altostratus mêlé à des altocumulus couvre le ciel, juste une petite éclaircie en matinée encore, avec altocumulus et cirrus, puis un peu de neige l’après-midi. Mais c’est bien trop peu pour former un tapis blanc. On ne voit même rien du tout sur le sol. Par contre, qu’est-ce qu’il fait froid ! Une mince couche froide et turbulente (avec rafales jusqu’à 47 km/h à Uccle) est surmontée d’un air un peu moins froid. Cependant, il fait encore –10°C au niveau 850 hPa à 1 410 m. En dessous, l’on trouve une inversion avec –8°C à 570 mètres et –6°C à 750 mètres.

Le vent souffle toujours d’est en Basse et Moyenne Belgique, et de sud-est en Haute Belgique, où même les vitesses moyennes dépassent parfois les 40 km/h. À Spa par exemple, les conditions sont terribles, avec un maximum qui ne dépasse pas les –6,6°C et un air particulièrement sec. À Uccle, le maximum est de –3,1°C, mais la sensation de froid y est très marquée aussi. En Gaume, il se met à neiger en début de soirée.

Un flux zonal se remet lentement en place au sud de nos régions, tandis qu’un anticyclone reste centré sur la Scandinavie. Celui-ci étend une crête jusqu’en Autriche, où un second noyau se formera. Un front chaud séparant l’air tropical maritime de l’air continental se rapproche et est responsable des chutes de neige en Gaume.
 

9 janvier 1982

Ça y est ! Il neige ! Faiblement mais toute la journée ! Le ciel est couvert de nimbostratus, avec même des cumulonimbus enclavés. Le matin, on observe déjà un peu de neige au sol, puis tout devient blanc, dans tout le pays ! En fin de journée, la neige s’arrête sans qu’il n’y ait d’éclaircies. Le ciel reste couvert d’un altostratus opacus, doublé de stratocumulus. Au niveau 850 hPa (1 370 m), la température est remontée jusqu’à –6°C et là, le vent souffle d’ouest. Au sol, le vent continue à souffler d’est à nord-est et la température reste proche de –5°C toute la journée.

Cette configuration permet d’affirmer que notre pays est affecté par un véritable retour d’est. Mais le front chaud se rapproche dangereusement et il est suivi d’air tropical maritime doux


10 janvier 1982

La perturbation a reculé à nouveau, et au lieu d’une arrivée d’air doux, notre pays se retrouve soumis à de l’air particulièrement froid, avec un vent d’est à nord-est commandé par une mince ceinture anticyclonique au nord de nos régions, avec un noyau sur l’Écosse et un autre noyau au sud du Danemark.

Le gel, du coup, devient très intense, avec des températures inférieures à –10°C presque partout en matinée. Même l’après-midi, les températures ne dépassent guère les –7°C au centre du pays. Ce froid est toutefois très « pelliculaire », coincé dans une couche de 300 mètres environ. Au-dessus, les températures sont (relativement) plus modérées, avec –5°C à 850 mètres d’altitude et –7°C à 1 380 mètres (niveau 850 hPa).

Une belle neige, d’une épaisseur de 4 cm, recouvre le sol d’Uccle et le ciel est souvent bleu, avec juste quelques cirrus, cirrocumulus, cirrostratus et altocumulus. À Kleine Brogel, on mesure 7 cm et à Virton, 15 cm.

Pendant ce temps, la persistance des traînées d’avion dans le ciel est frappante. Cela annonce généralement du temps perturbé, donc de la neige ! Et elle viendra déjà la nuit, en abondance !


11 janvier 1982

Quelle joie ! 10 cm de neige au sol le matin ! Et il continue encore de neiger ! Toute la journée ! Tout Bruxelles se retrouve paralysée sous la neige ! Bientôt, on parle de 13 cm de neige et le soir, on monte jusqu’à 18 cm de neige ! Le ciel est couvert de nimbostratus (et temporairement d’altostratus translucidus), sauf en fin de journée, quand il s’arrête de neiger. Alors des altostratus (opacus à présent) et des stratocumulus remplacent le nimbostratus.

En altitude, toutefois, l’air s’est dangereusement radouci. À 850 mètres d’altitude, la température est remontée jusqu’à –1°C. On a donc failli avoir des pluies verglaçantes au lieu de la neige ! Et c’est même ce qui s’est passé en Gaume. De la pluie toute la journée, avec des températures légèrement inférieure à 0°C. Et lorsqu’on regarde le sondage de Saint-Hubert, on comprend tout ! +2°C au niveau 850 hPa à 1 300 mètres !

À Spa aussi, on observe temporairement des pluies verglaçantes et c’est l’une des très rares fois qu’on aura plus de neige en région bruxelloise que dans les Hautes Fagnes ! En plus, cette situation perdurera plusieurs jours puisqu’il n’y aura plus de nouvelles précipitations !

L’anticyclone, fort affaibli, nous sauvera cependant du dégel. L’un des noyaux reste près de l’Islande et l’autre s’éloigne vers la Mer Noire. Une dépression située au sud-ouest de l’Irlande commande de l’air perturbé et doux, une autre dépression sur l’est de la Scandinavie commande de l’air polaire. Les deux masses d’air s’affrontent juste chez nous mais, comme mentionné ci-dessus, l’air doux devra (au moins provisoirement) s’avouer vaincu.


12 janvier 1982

La neige est magnifique ! Et quel beau temps ! À part un petit passage de stratus fractus vers midi, le soleil brille tout le temps, avec un petit vent d’est à nord-est qui ne se fait pas trop sentir. En altitude, la température est quelque peu redescendue, éloignant ainsi le spectre du dégel (–6°C au niveau 850 hPa, à 1 460 m).

Ce beau temps, par ailleurs, intéresse tout le pays, avec des températures maximales comprises entre –2 et –6°C dans presque toutes les régions du pays. L’épaisseur de la neige est de 18 cm à Uccle, mais seulement de 13 cm à Virton et de 7 cm à Kleine Brogel, à Florennes, à Zelzate et à Coxyde. Les Hautes Fagnes connaissent une quinzaine de centimètres tandis que la région de Renaix, avec 17 cm, s’approche d’Uccle. Curieuse répartition des hauteurs de neige !

Les cartes ci-dessous (12 et 13 janvier) illustrent bien, par ailleurs, comment le transport d'air froid a pu se remettre en place, pendant que la perturbation qui nous intéressait la veille se désintègre complètement. Toutefois le déplacement de cet anticyclone va faire rapidement basculer le courant, avec un air froid qui ne concernera à nouveau que les toutes basses couches.

 

 


Source : IRM



13 janvier 1982

Très beau temps, quelques cirrus et cirrostratus l’après-midi. La neige est toujours aussi épaisse à Bruxelles ! Le vent souffle d’est et il fait très froid, surtout le matin. La subsidence devient très forte et une importante inversion se forme. Si le maximum près du sol reste proche de –4°C, la température monte jusqu’à –1°C à 340 mètres. À 1550 mètres (niveau 850 hPa), il ne fait guère plus froid que –4°C. La nuit suivante, on observera même du dégel entre 500 et 1800 mètres d’altitude, avec 4°C à 1150 mètres.

Ce temps clair et calme concerne tout le pays et le froid par rayonnement nocturne devient très intense par endroit. La température descend jusqu’à –17,2°C à Rochefort, –17,7°C à Gembloux, –18,4°C à Chièvres , –19,8°C à Sinsin et à Saint-Trond et –21,6°C à Ciney ! Plus surprenant : Bierset descend aussi à –17,5°C !

En journée, les températures sont assez variables aussi, autour de –4 ou de –5°C en de nombreux endroits, mais localement, ces maxima ne dépassent pas –8°C. D’autres endroits, plus privilégiés, sont monté jusqu’à –1 ou –2°C et ce, dans des endroits aussi disparates qu’Eeklo, Sinsin, Mont-Rigi ou Virton. À Spa, on est arrivé presqu’à 0°C !

Ce temps calme, où les phénomènes locaux sont au maximum, est lié à un vaste anticyclone qui s’est centré sur la Pologne, et qui nous envoie de l’air très sec d’origine continentale.
 

14 janvier 1982

Beau temps, toujours ! C’est même l’une des plus belles journées de toutes, avec 7h30 d’insolation à Uccle. Et ailleurs, les chiffres sont similaires, avec même un maximum de 8h00 de soleil à Saint-Hubert. Les relevés synoptiques sont d’ailleurs très impressionnants à cet égard : pratiquement aucun nuage dans le ciel belge ! Seules quelques stations observent par moment 1 octa de cirrus.

Mais plus impressionnantes encore sont les températures nocturnes aux endroits exposés. En fait, deux poches d’air extrêmement froid ont été observées, l’une au sud-ouest du pays et l’autre, au centre-est du pays. À Chièvres, le minimum est descendu jusqu’à –21,4°C ! C’est de loin la température la plus basse observée à cette station, qui fonctionne depuis 1954. Les précédents records appartiennent à de grands hivers autrement plus rigoureux que 1981-1982, comme les –18,9°C du 16 janvier 1985 ou les –18,3°C du 24 février 1956.

Mais d’autres stations du sud-ouest du pays sont également fortement touchées par le froid, comme par exemple Ypres avec –18,8°C.

Le centre-est du pays a été plus extrême encore, avec une température de –23,5°C à Saint-Trond. De telles températures n’ont été que très rarement observées en Basse ou en Moyenne Belgique, et font penser au légendaire décembre 1879. Des poches d’air glacial ont aussi touché très temporairement d’autres stations. À Beauvechain, le minimum nocturne est descendu à –13,4°C et la température, à 7 heures, était à –10,4°C. Mais une bonne heure plus tard, plus ou moins au moment du lever du soleil, la température a plongé jusqu’à –21,7°C !!! Bierset a connu un phénomène similaire, avec –19°C, et Zaventem en a été affecté aussi, mais dans une moindre mesure. Là, le minimum nocturne a été de –16,6°C, la température de 7 heures a été de –11,5°C et celle de 10 heures, à nouveau de –12,6°C. Uccle, pendant ce temps, n’est pas descendu en-dessous de –10°C.

Herve, Botrange, Mont-Rigi et Libramont, avec environ –8°C, n’ont pas connu de températures extrêmes non plus, et même des lieux habituellement très froids comme Rochefort se sont « limités » à –17,0°C.

En journée, avec le soleil et l’arrivée d’air de plus en plus doux, les températures sont fortement remontées avec, localement même, un dégel prononcé comme à Spa, où le thermomètre a affiché 5,4°C ! En Basse et Moyenne Belgique, les maxima ont souvent été compris entre –2 et –5°C mais quelques endroits se sont rapprochés du 0°C comme Uccle par exemple (–0,6°C). D’autres endroits sont restés dans le froid, comme Chièvres (–6,7°C).

Les sondages montrent une forte inversion, avec 7°C à 770 mètres d’altitude dans un air extrêmement sec acheminé par un vent de sud-est (température du point de rosée : –19°C !) Après, il faut monter jusqu’à 2 500 mètres environ pour retrouver l’isotherme de 0°C.

Quant à la neige, elle est toujours bien intacte avec des hauteurs quasiment inchangées sur tout le pays (18 cm à Uccle).


Photo : Robert Vilmos

 

15 janvier 1982

C’est peut-être la journée d’hiver la plus extraordinaire que Bruxelles n’ait jamais connue. Le ciel est bleu, avec quelques cirrus et de rares altocumulus, le temps est très doux (maximum : 7,5°C) et le sol est recouvert d’une épaisse couche de neige, qui ne fond pas ! Elle se sublime juste un petit peu. Ceci a été rendu possible par l’extrême sécheresse de l’air et des températures du point de rosée qui restent bien inférieures à 0°C.

Ailleurs dans le pays, le temps a été beau aussi, même si les altocumulus ou les cirrus ont parfois réduit l’insolation de façon conséquente.

Presque partout, la nuit a été moins froide, avec des minima souvent compris entre –10 et –12°C. Mais quelques endroits sont à nouveau redescendus très bas, comme Chièvres avec –16,5°C et Saint-Trond (Brustem) avec –16,8°C. Ce minimum, par ailleurs, a été observé vers 1 heure du matin, et l’après-midi du même jour, on notait +8,4°C, soit une différence de 25,2°C entre le minimum et le maximum !! C’est l’une des plus grosses différences jamais observées en Belgique et c’est d’autant plus extrême que cela s’est produit en plein hiver. Le record est très probablement détenu par Kleine Brogel avec, en date du 3 août 1986, un minimum de 9,6°C et un maximum de 37,2°C, soit un écart de 27,6°C ! Mais là, on est en plein été !

Si l’on regarde les sondages, l’on tombe sur d’autre extrémités encore. À 1 heure, on observait 5°C à 980 mètres et –16 à –17°C, par endroits, au sol comme à Chièvres et à Saint-Trond. À 13 heures, on notait 8°C à 450 mètres pendant qu’on observait encore pas mal de températures légèrement négatives à l’ouest du pays. Très fortes inversions donc.

Au niveau de la situation atmosphérique, l’anticyclone se trouve à présent sur les Balkans et a mis en place un important flux d’air méridional sec qui, peu à peu, finira par s’imposer aussi dans les toutes basses couches.


16 janvier 1982

On se réveille, il fait déjà 6°C et on observe encore 14 cm de neige, bien blanche ! Il fait tellement sec que la neige se sublime, sans fondre. Le ciel, lui, est nuageux à beau, avec des altocumulus par bancs et des cirrus. La douceur nous est amenée par un vent soutenu de sud-est à sud (maximum à Uccle = 10,6°C). En altitude, il fait plus doux encore, avec 13°C à 290 mètres ! Et même au niveau 850 hPa (1 510 mètres), il fait encore 5°C.

Le sondage de De Bilt, aux Pays-Bas, est encore plus extrême, avec 16°C à 500 mètres d’altitude. Pareilles températures sortent tout à fait du lot des sondages effectués à nos latitudes en janvier !

Dans la plupart des régions de Belgique, il ne gèle plus ni de jour ni de nuit. Mais dans certains endroits, l’inversion reste très coriace. C’est le cas de Virton par exemple, où la température est descendue jusqu’à –6,0°C la nuit pour ne remonter que jusque 1,2°C le jour. Là, à l’exception de quelques altocumulus le matin, le ciel est resté serein, mais sous une brume sèche tenace, persistant toute la journée.

L’anticyclone sur les Balkans s’est à présent associé à une dépression centrée au nord-ouest de l’Irlande pour maintenir sur nos régions (là où il n’y a pas trop d’inversion) un flux d’air très doux en provenance du sud.


17 janvier 1982

C’est le printemps (avec de la neige) ! Temps parfaitement ensoleillé (avec quelques rares altocumulus et cirrus), il fait 10°C à Uccle et il règne une petite brise du sud. Le paysage est toujours bien blanc, 7 cm de neige le matin, 4 cm en soirée. Ailleurs dans le pays, la neige tient bien aussi, sauf dans l'ouest et le nord du pays, où la couche tend à devenir discontinue.

On observe toujours une inversion vers 300 mètres (10°C), qui disparaît partiellement durant l’après-midi dans les endroits privilégiés. Ailleurs, l’inversion demeure plus coriace et le thermomètre reste coincé entre 6 et 8°C. Mais à Spa, sous un soleil radieux, quelques cirrus et quelques altocumulus lenticularis, on observe la température incroyable de 14,5°C ! C’est une valeur extrêmement élevée pour un mois de janvier, surtout en Haute Belgique. Le record est détenu par la Baraque Michel, avec 15,9°C le 29 janvier 1949. Et en ce 17 janvier 1982, à Mont-Rigi (situé très près de la Baraque Michel), le thermomètre affiche 12,8°C (avec un petit 10 cm de neige au sol). Pour les Hautes Fagnes, c’est la deuxième valeur la plus élevée en janvier depuis la fin de la guerre, après les 15,9°C précités.

À Virton en contrepartie, il continue à faire froid sous l’inversion, avec –5,9°C la nuit et 1,8°C le jour, avec toujours de la brume sèche mais – consolation – un ciel parfaitement serein au-dessus.


Cette carte illustre à merveille l'advection d'air tropical quasi direct, avec toutefois de l'air parfois continental
dans les toutes basses couches.
Source : IRM

 

Épilogue

Bruxelles connaîtra, le lendemain, une autre journée parfaitement ensoleillée, avec 11,1°C à Uccle et… 4 cm de neige qui résistera toute la journée. Ailleurs dans le pays, cela se détériore un peu, avec plus de nuages (altocumulus) au littoral et des brouillards persistants en Gaume, où il continue à faire froid, alors que l’air reste doux en altitude. Là, au cours des jours suivants, les brumes diminueront certes un peu, mais le temps ne changera pratiquement pas jusqu’au 20 inclus, avec du gel et un ciel le plus souvent serein. On observera même, le 20, une gelée permanente (véritable jour d’hiver). Ce jour-là, la couche de neige est encore de 7 cm

À Bruxelles par contre, la neige aura à supporter deux autres journées très douces et sèches (8 à 9°C), et elle finira par fortement diminuer sans disparaître pour autant. Le 20, la couche sera certes discontinue, mais mesurera encore 2 cm par endroit. Le ciel devient plus nuageux (surtout le 19), avec principalement des altocumulus. Comme les températures en altitude demeurent plus élevées que dans les basses couches, on peut toujours parler d’un régime de faible inversion thermique.

Au littoral le ciel, déjà nuageux le 18, le devient encore plus, avec des altocumulus denses, parfois accompagnés de quelques stratocumulus. Avec des températures plus basses qu’à Bruxelles (5 à 6°C), l’inversion y est plus marquée et le temps, fort brumeux. La nuit, il gèle presque.

À partir du 21 janvier, l’anticyclone se retire définitivement sur le continent, une faible perturbation traverse le pays et, paradoxalement, 4°C viendront plus vite à bout de la neige à Uccle que les 8 à 11°C des 5 jours précédents. En fait, ce seront l’humidité et le brouillard, puis la pluie qui accéléreront le processus de fonte.

Les 22 et 23, il reneigera, mais ce ne sera plus que de la neige fondante et par la suite, les toutes dernières traces de neige disparaîtront à leur tour. Dans les Hautes Fagnes, la neige résistera jusqu’à la fin du mois, mais la douceur humide des tout derniers jours de janvier finira par la faire fondre aussi.

En février, c’est un véritable printemps précoce qui s’installera durant les 14 premiers jours du mois, avant un retour modeste de l’hiver pendant la deuxième moitié du mois, avec un tout petit centimètre de neige à Botrange et à Mont-Rigi entre le 14 et le 18 février.

On peut donc conclure que durant l’hiver 1981-1982, les périodes douces et froides, humides et sèches ainsi que sombres et ensoleillées ont alterné constamment et se sont compensées dans une large mesure. C’est ainsi que l’hiver est resté bien caché dans les statistiques et qu’on a bien failli passer à côté de l’un des hivers les plus intéressants de l’histoire climatologique de la Belgique

Sources

IRM
- Bulletins mensuels – observations climatologiques
- Bulletins mensuels – observations synoptiques
- Cartes synoptiques
- Sondages d’Uccle
- Revues « Ciel et Terre » (en collaboration avec l’ORB)
- Événements marquants depuis 1901


Wetterzentrale – Reanalysis des NCEP
- 500 hPa Geopotential (gpdm) und Bodendruck (hPa)
- 850 hPa Temperatur (Grad C)


ECA&D
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