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Niveau : confirmé   

Le mot exceptionnel a toujours été employé avec modération quand il s'agit de qualifier un phénomène météorologique. Et pourtant, ce mois de juillet 2006 mérite amplement ce qualificatif tellement le temps aura été chaud et sec. Nous avons pris l'habitude de développer des situations particulières durant quelques heures comme le passage d'un front ou la formation d'orages. Cette fois-ci, il nous est presque impossible de nous attarder sur un jour précis vu qu'une analyse du mois entier est nécessaire pour expliquer cette canicule.

Beaucoup diront qu'ils n'ont plus connu cela depuis 1976. C'est exact: la dernière vague de chaleur d'une si longue durée est à mettre à l'actif de cette année-là. Mais tout est relatif ! Si le mois de juillet 2006 est le mois le plus chaud jamais enregistré en Belgique, c'est également dû à un concours de circonstances: la vague de chaleur a débuté au début du mois et s'est prolongée jusqu'à sa fin. Si celle-ci avait débuté mi-juin pour s'arrêter mi-juillet, bien des records ne seraient pas tombés. Vous retrouvez toutes les informations climatiques sur ce mois dans l'article: Analyse climatologique du mois de juillet 2006.


Source: Site web de Kroll

Cette analyse de situation particulière vous permettra de trouver une réponse à vos interrogations: pourquoi a-t-il fait si chaud? Pourquoi cette situation a-t-elle duré si longtemps? Pourquoi les orages ne sont-ils pas arrivés plus tôt pour mettre un terme à cette canicule? mb_hr_blue_ball.gif

 

Introduction

Vague de chaleur ne rime pas obligatoirement avec conditions anticycloniques durant des jours et des jours. D'ailleurs, la pression atmosphérique moyenne relevée à notre station de Neder-Over-Hembeek donne 1019 hPa ce qui est effectivement anticyclonique mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'une omniprésence de hautes pressions durant trente jours d'affilée. Un anticyclone a bien entendu influencé notre temps durant de longues périodes, mais celles-ci étaient régulièrement sujettes à des baisses de pression plaçant la Belgique dans des moyennes de l'ordre de 1013 hPa, typiques des marais barométriques. Une présence anticyclonique au niveau du sol n'explique donc pas tout.

Ainsi, il va falloir monter en altitude pour comprendre pourquoi les systèmes dépressionnaires ont été affaiblis et repoussés en permanence sur l'Océan Atlantique. Ce phénomène porte un nom précis: l'Omega Blocking et est appelé à devenir de plus en plus fréquent dans les années à venir. Aussi bien en été, où il peut être à l'origine de vagues de chaleur prolongées qu'en hiver, où il peut alors être responsable de brouillards et purées de pois persistants.

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Omega blocking

L'Omega blocking est un mot sans doute complètement étranger à la plupart des gens et pour cause, il est assez méconnu dans le monde de la météorologie. Et pourtant, une fois ce type de blocage installé au-dessus de nos têtes, c'est pour un moment!

Tout d'abord, que signifient ces termes? Le "blocage oméga" est simplement un blocage des centres d'action provoqué par une crête d'altitude. Le terme oméga vient de la forme que prend ce blocage (forme de la lettre Omega en grec). Ce type de blocage interrompt tout flux océanique (flux zonal): les creux vont venir se positionner de part et d'autre de la crête ce qui aura pour effet, si la crête est solide, de maintenir une situation complètement bloquée. Le schéma ci-dessous représente les conditions à 500 hPa, les lignes noires représentent les isohypses, les lignes rouges représentent le déplacement de masses d'air chaud et les lignes bleues, le déplacement de masses d'air froid. On peut d'ores et déjà écrire qu'en altitude, la crête est composée d'air chaud (et donc un temps stable) tandis que les creux sont souvent synonymes de gouttes froides (et donc de temps instable). L'air chaud est, dans notre cas, puisé du Nord de l'Afrique et amené dans le centre de la crête où il stabilise la masse d'air et forme une espèce de "couvercle".


Source: MeteoBelgique

L'influence d'un Omega blocking varie selon les saisons et selon la position de votre région dans ce système. Examinons le type de temps que ce blocage a provoqué cet été...

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Géopotentiel 500 hPa

Lors d'une mise en place d'un Omega blocking en été, la vague de chaleur pointe inévitablement le bout de son nez. Ainsi, si vous vous trouvez dans la crête du blocage, vous bénéficierez d'un temps très stable et peu nuageux. La masse d'air chaud en altitude aura pour effet de provoquer une inversion (souvent assez sèche) et d'interrompre toute tentative de convection.

Le mois de juillet 2006 aura été marqué par la présence continuelle d'une crête sur l'Europe Occidentale. De temps à autre, des creux plus ou moins bien dessinés venaient s'ajouter à la base de la crête rendant bien visible l'Omega blocking. Mais les géopotentiels restaient très élevés et aucun creux n'a réussi à faire incursion ni par le Sud, ni par l'Ouest. Voici une animation retraçant les géopotentiels de ce mois de juillet. Nous avons retouché les couleurs des géopotentiels les plus bas (du bleu au vert) et des géopotentiels les plus élevés (de l'orange au rose). Il nous faut cependant préciser que l'on parlera de géopotentiel "dépressionnaire" ou bas quand la valeur est inférieure à 552 dam. Or, cette limite ayant été repoussée jusqu'au Nord de la Scandinavie, il nous a fallu revoir l'échelle pour rendre cette carte la plus explicite possible. Mais voyez comme l'influence de hauts géopotentiels pèse sur toute l'Europe!

La situation du 18 Juillet résume à elle seule la persistance du beau temps, de la chaleur et de la sécheresse. Sur la carte ci-dessous, nous retrouvons un très bel exemple d'Omega blocking. On voit parfaitement la crête anticyclonique poussant vers le Nord du continent. De chaque côté de sa base, nous retrouvons un creux assez discret. A noter que nous sommes à ce moment sous l'influence de géopotentiels supérieurs à 588 dam, ce qui est assez énorme que pour être souligné. En général, cette limite se situe sur l'Afrique du Nord.


Géopotentielle 500 hPa le 18/07. Source: MeteoBelgique

Reste maintenant à comprendre pourquoi il n'y a pas eu plus d'orages de chaleur relevés en Belgique? On sait qu'une masse d'air chaud stagnait aussi bien au sol qu'en altitude et que cette dernière explique la rareté des phénomènes de convection profonde amenant les développements orageux. Même si l'explication tient surtout de l'altitude, la pression au niveau du sol explique également une partie de cette canicule.

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Pression atmosphérique ramenée au niveau de la mer

Tout d'abord, et pour la petite anecdote, quand on parle de ramener la pression au niveau de la mer, cela ne signifie pas exactement au niveau de la surface de l'eau. Cette expression renvoie au niveau moyen des basses mers car le niveau de la surface de l'eau peut être soumis à des variations naturelles comme les marées. Ainsi, le niveau moyen des basses mers est le niveau le plus bas atteint par la mer au cours d'un cycle de marée.

Bref, analysons quelque peu la présence anticyclonique tenace durant tout ce mois de juillet. L'animation ci-dessous reprend les cartes de pression du mois entier.

L'animation montre clairement l'omniprésence anticyclonique en Europe. Tantôt sur la Scandinavie, tantôt sur les îles Britanniques, tantôt sur l'Europe Centrale, les anticyclones auront influencé notre temps durant le mois entier. Malgré tout, les observateurs auront remarqué qu'à plusieurs reprises, notre pays se retrouvait soumis à ce que l'on appelle un marais barométrique. Celui-ci est (très) souvent sujet aux développements orageux en été. Alors pourquoi n'y a-t-il rien eu, ou presque, en Belgique? Hé bien la réponse en amusera certains: nous sommes tout simplement passés à côté! Des foyers orageux se sont formés à plusieurs reprises: entre le 3 et le 7 du mois et en toute fin de mois lors de la dégradation des conditions météorologiques. Ces foyers restaient néanmoins très localisés et jamais, un front ne s'est créé: à aucune reprise, un creux n'a réussi à apporter assez d'air froid que pour provoquer l'instabilité nécessaire au développement d'orages pouvant s'organiser en lignes, en fronts. C'est le contraire qui s'est produit: la masse d'air en altitude restait chaude et était continuellement "chargée" de chaleur comme le montre le déplacement des masses d'air dans l'Omega blocking. Ce n'est qu'en fin de mois que quelques fronts plus structurés balaieront le pays et remonteront quelque peu la cote pluviométrique de juillet. Il est temps de jeter un oeil aux cartes de températures en altitude. Nous allons nous arrêter au niveau 850 hPa pour expliquer les températures parfois extrèmes enregistrées dans le pays.

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Températures à 850 hPa

S'il y a un type de cartes de températures qui nous intéresse en ce mois de juillet, c'est bien celui du niveau 850 hPa qui permet souvent de bien calculer la température maximale à 2m. On dit souvent (et de façon quelque peu hasardeuse) qu'il suffit d'ajouter 15°C à la température à 850 hPa pour obtenir la valeur maximale de la journée. Oui mais on oublie trop vite de prendre en compte et l'altitude de la région et la présence de nébulosité.

Pour obtenir des valeurs beaucoup plus fiables, voici un calcul facile: la température à 850 hPa + une valeur fixe selon l'altitude - la valeur dûe à la présence ou non de nébulosité.

 Altitude

Valeur fixe

Nébulosité

   

4/8

5/8

6/8

7/8

0 m

+17

-1

-2

-4

-6

100 m

+16,5

-1

-2

-4

-5

200 m

+16

-1

-2

-3

-5

300 m

+15

-1

-2

-3

-5

400 m

+14

-1

-1

-3

-4

500 m

+13

0

-1

-2

-4

600 m

+12,5

0

-1

-2

-3

700 m

+12

0

-1

-2

-3

Ce tableau n'est opérationnel que durant les mois de juin et de juillet. D'autres éléments, comme l'inclinaison du soleil, entrent en compte pour les autres mois. De plus, il ne faut pas qu'il y ait une inversion en-dessous de 850 hPa car celle-ci fausserait les données.

Ainsi, si les températures à 850 hPa donne 14°C pour Botrange et un ciel nuageux (4 octats), le calcul donne 14 +12 -0 = 26°C. Les mêmes conditions pour Ostende donneraient: 14 +17 -1 = 30°C. Pour Bruxelles, nous sommes obligés de prendre l'altitude 100m, il faut arrondir vers le haut: 14 +16,5 -1 = 29,5. Et ainsi de suite, zorro est arrivé! A noter qu'une fois inférieure à 4 octats, la nébulosité n'entre plus en compte dans ces calculs.

Tout ceci pour en venir en fait que nous avons vécu également des records de températures à 850 hPa. Ceux-ci sont bien moins intéressants que les records à la surface mais néanmoins, ils permettent de comprendre directement pourquoi il a fait si chaud. Voici une carte de la situation des températures à 850 hPa lors d'un des jours les plus chauds de cette canicule:


Source: Wetterzentrale

Cette journée du 20 juillet fut exceptionnellement chaude au niveau 850 hPa: 20°C! Prenez donc votre calculette: 20 +16,5 -0 = 36,5°C. Bien évidemment, cette température donne une très bonne indication mais jamais un résultat précis au dixième de degré près! D'autres éléments entrent alors en compte comme l'état du sol: en Campine, il s'agit d'un sol limoneux et sec qui reçoit et garde beaucoup mieux la chaleur qu'un sol recouvert d'herbe par exemple. Ce qui fait que la Campine a souvent le record de température lors de chaudes journées. Ces calculs vont nous être utiles dans une autre dimension: celle du mois. Voici une animation des températures à 850 hPa durant ce mois de juillet.

En jetant un rapide coup d'oeil à l'ensemble du mois, on se rend compte que la masse d'air a toujours été chaude à très chaude. Aussi, nous avons regroupé des séries de journées avec des températures égales ou supérieures à 10, 15 et 20°C au niveau 850mb.

Le nombre de journées avec une température égale ou supérieure à 10°C est de 12. Soit, 12 journées avec une température maximale supérieure à 25°C dans le centre. Le nombre de journées avec une température égale ou supérieure à 15°C est de 10. Soit, 10 jours avec une température maximale supérieure à 30°C. Enfin, nous avons relevé 3 jours avec une température égale à 20°C, soit 3 jours avec une température maximale supérieure à 36°C. Nous aurons donc été sous l'influence d'une masse d'air chaud de moyenne latitude durant tout le mois de juillet et sous l'influence d'une masse d'air subtropicale durant presque 14 jours. Un bilan très remarquable.

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Si juillet 2006 restera à jamais gravé dans vos mémoires, on pourra dire cette fois que c'est normal tellement ce mois est exceptionnel! Rarement notre pays a connu de vague de chaleur aussi longue et si chaude. Si les moyennes de température ont toutes connu des records, il en est de même pour quelques stations météorologiques disséminées dans le pays. Le 19 juillet, la station météorologique militaire de Kleine Brogel a enregistré une température maximale de 37.8°C, ce qui en fait le record absolu jamais enregistré depuis la mise en place de cette station. Autre record absolu à Gosselies, près de Charleroi, avec 37°C.


Phénomène de tremblottement souvent remarqué lors d'épisodes de grande chaleur.
Source:
shunya.net

Les climatologues spécialisés dans le réchauffement global de la planète prévoient une augmentation de ces périodes chaudes et sèches en été. Après une canicule en 2003, c'est 2006 qui se distingue. Avant 2007? L'avenir nous le dira.

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