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Vigilance météo
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Bilan de la vague de chaleur de juin 2023

Après un printemps qui se sera fait attendre, et précédé par une période de sécheresse remarquable, ce mois de juin 2023 nous a gratifié d'une vague de chaleur.

Ce fut donc officiel le 12 juin : notre pays, et Uccle, sa station de référence en particulier, connaissait sa (première ?) vague de chaleur de cette année 2023. Elle se prolongera jusqu'au 17 juin (le 18 la température ne dépassera plus les 25°C), soit une durée de 10 jours, avec un poids de 26.8 et une intensité de 2.68 : il s'agit d'une vague de chaleur assez faible si l'on regarde les différents paramètres. Seule sa précocité est à mettre en avant. La température maximale de l'épisode, le 11 juin, fût de 31.2°C.

Chiffres et explications. 

Depuis le 16 mai, il ne sera tombé aucune précipitation mesurable à Uccle, la nature commence à souffrir de la sécheresse et la teinte jaune des prairies commence à dominer, comme ici à Merelbeke, le 4 juin 2023. Il faudra attendre le 17 juin, soit 32 jours, pour voir le retour des précipitations à Uccle.
Photo : Koen Vandenbussche. 


Des températures caniculaires ou une vague de chaleur ?

Il est utile de rappeler certains termes que l'on emploie souvent, parfois à mauvais escient : il convient donc d'abord de rappeler ici quelques définitions.

Une vague de chaleur est définie en Belgique par la succession de minimum 5 jours de températures maximales supérieures à 25°C, dont au moins trois sont supérieures à 30°C. (Station de référence : Uccle)

Une journée de canicule est une journée durant laquelle la température est montée au dessus de 30°C, une journée d'été est une journée durant laquelle la température maximale a dépassé les 25°C.
On peut donc aussi reformuler la définition de vague de chaleur par une période comptant minimum 5 jours d'été successifs, parmi lesquels on retrouve au moins trois jours caniculaires. Ce fut donc bien le cas ici.



Si elles ne sont pas rares, chez nous, les vagues de chaleur ne se présentent cependant pas chaque année. 
Un dossier d'étude statistique des vagues de chaleur en Belgique depuis 1901 avait été publié : vous retrouverez le lien ici.
 
Voici d'ailleurs, tiré de cet article un graphe mis à jour avec les données de la vague de chaleur que l'on vient de connaître (en rouge).
Différents paramètres sont repris :
 
  • La durée : le nombre de jours de la vague de chaleur.
  • Le poids : en degrés jours avec 20°c de température moyenne comme référence : une température moyenne de 22.3°C aura un poids de 2.3, une de 19.5°C un poids de -0.5
    On fait ensuite la somme de ces degrés jours pour toute la période répondant à la définition de vague de chaleur.
  • L’intensité : ou le poids par rapport à durée : des vagues de chaleur peuvent être longues et modérées, d’autres courtes mais intenses. Ce paramètre nous permettra d’avoir un indicateur intéressant à ce niveau.
Nous y retrouvons en abscisse l'intensité de la vague de chaleur, en ordonnée le nombre de jours de la période de la vague de chaleur. La taille des sphères (une par vague de chaleur) est proportionnelle au poids de la vague de chaleur tel que défini ci-dessus.  Les couleurs des sphères sont les suivantes : jaunes, pour les années avant 1988 et oranges après cette date, date à laquelle le réchauffement climatique a commencé à se faire sentir de façon plus nette en Europe. La sphère de couleur rouge est celle de cette vague de chaleur de ce mois de juin 2023, afin de pouvoir plus facilement la comparer avec les autres.



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La vague de chaleur de ce mois de juin 2023

Par sa durée, son poids et ses températures maximales observées, il s'agit d'une vague de chaleur assez moyenne et d'une intensité assez faible, ce qui nous change des vagues de chaleur de ces dernières années, souvent forts intenses. Seule la précocité de cette vague de chaleur est à mettre en avant. Mais changement climatique oblige, on risque de connaître des vagues de chaleur de plus en plus précoces.
Ce qui a aussi caractérisé cette vague de chaleur, c'est la période de sécheresse extrême qui a concerné la Belgique depuis la  mi-mai.

Dans le tableau ci-dessous, on peut se rendre compte que cette période des 32 jours sans précipitations à Uccle est exceptionnelle : depuis 1892, seule la période du 31 mars au 5 mai 2007 aura fait mieux avec 36 jours.

Les plus longues périodes de sécheresse observées à Uccle depuis 1892
31 mars - 5 mai 2007 36 j
16 mai - 16 juin 2023 32 j
22 août - 20 septembre 1959 30 j
 7 août - 4 septembre 1947 29 j
28 juillet - 22 août 1995 26 j
19 mars - 11 avril 1893  24 j
21 novembre - 14 décembre 1991 24 j
14 octobre - 5 novembre 1897 23 j
 19 mai - 10 juin 1939 23 j
21 mars - 12 avril 2020 23 j
Source : IRM

Bien entendu, d'autres sécheresses se sont produites dans notre pays au cours desquelles peu de précipitations sont tombées pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. On pense par exemple au légendaire été 1976, mais aussi à l'année 1921. Nous avons également été confrontés régulièrement aux effets de la sécheresse au cours des 5 dernières années. Le fait que toutes les périodes de sécheresse ne figurent pas dans le tableau s'explique par le fait qu'au cours de ces périodes de sécheresse, il y a parfois eu un peu de précipitations, de sorte que le nombre de jours consécutifs complètement secs n'était pas si élevé.

La période de sécheresse, et la vague de chaleur qui suivra, aura eu comme cause un blocage anticyclonique sur nos régions. Si au départ l'anticyclone nous donnait des masses d'air continentales polaires avec des matinées souvent froides pour la saison, à partir du 9 juin, le flux est devenu plus oriental (entre un anticyclone sur la Scandinavie et une dépression au sud de nos régions), apportant de l'air continental nettement plus chaud, de sorte que les températures ont également pu atteindre des valeurs plus élevées à la côte.

Le 10, nous avons même atteint des valeurs tropicales à la côte avec 31°C à Koksijde et 30,5°C à Ostende, mais dans le courant de l'après-midi, le vent est tombé, apportant de l'air de la mer (brise de mer) et les températures ont dû baisser un peu : à 16 heures à Ostende, par exemple, il faisait 29,5°C et à 19 heures, encore 24,9°C. Les jours suivants, il a également fait assez chaud au bord de la mer et la température s'est rafraîchie dès que le vent a commencé à souffler de la mer.

Il va sans dire qu'à partir du 9, les températures maximales ont encore augmenté dans l'arrière-pays : à partir du 8, les maxima à Uccle ont dépassé 25 °C, les 10, 11 et 12, la température a dépassé 30 °C à trois reprises (respectivement 30,2 °C, 31,2 °C et 30,1 °C), de sorte qu'à partir du 12 juin, on pouvait parler de vague de chaleur (une période d'au moins 5 jours consécutifs avec des maxima >= 25 °C, dont au moins 3 jours avec des maxima >= 30 °C). Plusieurs autres endroits à l'intérieur des terres ont également connu 3 jours de chaleur (Max >= 30 °C) d'affilée. A partir du 13, le temps est devenu légèrement moins chaud mais les maxima ont toujours été supérieurs à 25 °C à l'intérieur des terres. Tant que les maxima dans le centre sont supérieurs à 25 °C, la vague de chaleur se poursuit officiellement.

Nous avons eu une vague de chaleur relativement précoce, bien que par le passé nous ayons connu des vagues de chaleur plus tôt au printemps : la vague de chaleur la plus précoce a été celle de 1998 et a duré 5 jours, du 9 au 13 mai, pendant la période... des saints de glace !

En général, le temps s'est encore relativement bien refroidi pendant la période chaude, les nuits tropicales (Min >= 20 °C) n'ont pas eu lieu : le minimum le plus élevé à Uccle a été enregistré dans la nuit du 9 au 10 juin avec 18,3 °C. Certaines nuits se sont même considérablement rafraîchies, avec des températures localement inférieures à 5 °C dans les Cantons de l'Est et les Hautes Fagnes : les minima à Elsenborn le 28 mai et le 4 juin étaient respectivement de 1,5 °C et 1,6 °C, dans certaines vallées, il faisait encore plus froid. Un bon dégagement et peu de vent ont joué un rôle dans ce refroidissement, mais aussi le fait que nous avions affaire à de l'air très sec.

En raison de la chaleur des dernières semaines, le mois de juin est en passe de devenir l'un des plus chauds de la série de mesures (depuis 1833). Les mois de juin les plus chauds remontent à 1976 et 2003 avec une moyenne de 19,3 °C. A voir donc en fin de mois ce que donnera juin 2023 au final.

 Un anticyclone vissé sur la Scandinavie nous place dans des courants continentaux secs et chauds : une synoptique idéale pour une vague de chaleur modérée sur nos contrées.
Ici, le 10 juin 2023, 1er jour de canicule de cette vague de chaleur. A noter le front orageux très statique sur la France : nous ne serons pas concernés par ces orages.

Source : KNMI

Si l'on excepte l'été 2021, atypique sans aucun jour de canicule, depuis 2015, au moins une vague de chaleur a été observée à Uccle durant la saison estivale. Le nombre de vagues de chaleur observé à Uccle depuis 1900 est de 44. Rien que depuis 2000, donc en 22 ans, on a eu 16 vagues de chaleur : la fréquence de celles-ci augmente, c'est indéniable. 

 

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