Préambule
Dans le cadre de notre rubrique « Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », nous allons réanalyser en détail des épisodes météorologiques ni très anciens, ni très récents, qui concernent une période qui va de 1950 à 2000. Comme pour les séries précédentes, nous essayons d'expliquer en détail les causes et conséquences de ces épisodes, à raison d'une analyse par mois. Deuxième volet de la série : juin 1977.
À noter que toutes les valeurs – surtout celles, plus anciennes, utilisées à des fins de comparaison – sont homogénéisées et donc comparables entre elles et comparables aux observations d’aujourd’hui.
Introduction
L’été 1977, c’était l’été d’après. L’été d’après le grand été de 1976. Et en 1977, tout le monde se souvenait encore parfaitement de cette année d’avant. Sauf peut-être le trop-plein de chaleur. On a tendance à oublier le mauvais et à se rappeler le bon. On se rappelait donc le soleil, surtout, ce soleil qu’on espérait tant revoir, cette année encore.
C’est vrai que la deuxième moitié de mai 1977 a été fort prometteuse. Du soleil tous les jours, en mode plus frais certes, mais avec quelle belle luminosité ! Jusqu’au 1er juin inclus, il a fait beau, puis c’était foutu ! De la pluie, de la bruine ou alors de petites averses, non moins désagréables. Ceux qui avaient une excellente mémoire se souvenaient aussi que l’année d’avant, il avait fait tout aussi mauvais au début du mois de juin. Tous les espoirs restaient donc permis pour qu’on revive un bel été.
Le 5 juin 1976, il avait refait beau : un beau temps qui allait perdurer pendant tout l’été, presque sans interruption. Le 5 juin 1977 par contre, il continuait à faire mauvais, et aussi le 6, et aussi le 7. Non, l’été 1977 n’allait pas du tout être celui de 1976.
L’été 1977 allait aligner deux records de mauvais temps à Uccle, celui du plus grand nombre de jours de pluie du siècle (67) et celui du plus grand manque de soleil du siècle (404 heures seulement). Et juin s’est distingué, lui, par sa série de jours consécutifs sans soleil, allant de 6 à 8 dans la plupart des régions de notre pays (6 jours à Chièvres et à Uccle, du 15 au 20 juin ; 8 jours à Gosselies, à Melle et à Munte, du 15 au 22 juin). De telles séries, en juin, restent uniques dans l’histoire météorologique belge. Et à y regarder de plus près, il s’agissait de stratus ou de stratocumulus qui refusaient de se dissiper, quand ce n’était pas carrément un nimbostratus pluvieux.

Photographie générée par ChatGPT d'après un dessin de l'époque de Robert Vilmos
Dans son bilan « Le temps en juin 1977 », Raymond Sneyers, de l’IRM, écrivait ceci : « Les fortes nébulosités qui ont accompagné les courants perturbés ont sensiblement réduit l’insolation durant tout le mois. Aussi toutes les durées enregistrées dans le pays peuvent-elles être considérées comme exceptionnellement faibles. À Uccle en particulier, la durée d’insolation [105h22] est la plus basse jamais enregistrée en juin depuis le début des observations héliographiques en 1887 et cette durée est inférieure de quelques trois heures au minimum précédent qui s’était produit en juin 1956. »
Dix ans plus tard, juin 1987 sera encore moins ensoleillé [95h29], de telle sorte de juin 1977, au final, occupe la deuxième place parmi les mois de juin les moins ensoleillés.
En termes de températures et de précipitations, juin 1977 n’aura certes battu aucun record, mais on notera que par endroit, les précipitations comptent plus du double de la normale. Seules les extrémités nord-ouest et sud-est de la Belgique ont été quelque peu épargnées, avec des valeurs proches des normes saisonnières. Les températures, quant à elles, ont été un peu tristounettes le jour, mais normales la nuit. À l’exception de quelques nuits, les nuages ont empêché un trop grand refroidissement nocturne.
Ci-dessous, quelques chiffres :

* Les données sont celles de l’ancien héliographe. La différence est cependant faible. À Uccle, où nous disposons de données homogénéisées, la valeur selon l’ancienne méthode est de 106h35, et de 105h22 selon la nouvelle.
Ici, nous constatons aussi que le nord-ouest a été quelque peu épargné par le mauvais temps, tout comme le Grand-Duché du Luxembourg. Nous verrons plus loin que la région de Virton, elle aussi, a été quelque peu épargnée.
Analysons à présent en détail le déroulement de ce triste mois de juin.
Analyse détaillée de juin 1977
1er juin 1977 : le temps est encore beau, mais trop frais pour la saison, même froid le matin. Presque partout en Basse et Moyenne Belgique, la température se situe entre 4 et 8°C, mais parfois moins. À l’aéroport de Bierset, le minimum est descendu jusqu’à 2,9°C, et jusqu’à 3,6°C à Beauvechain. Sur les Hauts Plateaux, on note 2°C tandis qu’il a même gelé dans certaines vallées.
En journée, le ciel est bien bleu et les cumulus, bien blancs. À cela s’ajoutent quelques cirrus et l’un ou l’autre banc d’altocumulus. Le soir, les cumulus s’étalent un peu en stratocumulus. Sous le vent de nord-est à nord, les températures maximales ne dépassent pas 18 à 20°C en plaine et 14 à 15°C sur les hauteurs.
2 juin 1977 : le matin, il y a encore un semblant de beau temps, avec altocumulus et cirrus et une petite brume matinale. Mais très rapidement, des stratocumulus venus de la Mer du Nord envahissent le ciel, plus tard doublés de cumulus. Parfois, ces stratocumulus sont suffisamment épais pour distiller un peu de pluie ou de bruine. Le vent souffle toujours de nord à nord-est, mais sans le soleil, les températures ne dépassent plus 13°C sur l’ouest des plaines, et 16°C en Campine. Sur les Hauts Plateaux, il ne fait pas plus de 9 à 10°C. Seule la Gaume, abritée par le massif ardennais, connaît un temps nettement plus ensoleillé avec 19 à 20°C.
3 juin 1977 : un anticyclone est à présent bien ancré au large de l’Irlande, avec une perturbation atlantique nous arrivant du nord-ouest.

Source : Deutscher Wetterdienst
Il s’agit d’un secteur chaud bien ouvert, mais en raison du passage sur les eaux froides de l’Atlantique et, en partie, aussi la Mer du Nord, les basses couches se sont bien refroidies en y concentrant toute l’humidité. Le temps est donc brumeux et couvert, avec stratus et stratocumulus, plus tard aussi des fractus sous les précipitations. Ensuite, grâce à une petite poussée de l’anticyclone, le temps s’éclaircit un peu, les stratocumulus se déchirent, évoluent en cumulus, mais le ciel reste parfois voilé au-dessus, d’abord par des altostratus, plus tard par des cirrus avec présence d’altocumulus.
C’est sur l’ouest du pays que le temps est le plus désagréable, avec seulement 13°C en journée et pas le moindre soleil en raison de stratus maritimes qui masquent les éclaircies du soir. Ailleurs, il ne fait guère meilleur, avec 14 à 15°C au centre du pays, 9 à 10°C sur les Hauts Plateaux et 17°C en Campine et en Gaume.
4 juin 1977 : le front froid, situé le matin sur le sud de la Mer du Nord, avance très lentement et n’atteint notre littoral qu’en soirée. Il fait aussi gris que la veille avec brume, stratus, stratocumulus et parfois fractus sous les faibles précipitations. Mais à l’inverse de la veille, le temps est un peu meilleur sur l’ouest avec des stratocumulus se déchirant et des cumulus se formant dans une atmosphère quelque peu instable. Ici et là, on note même l’une ou l’autre petite averse. Au littoral même cependant, en raison des eaux froides de la mer, des brouillards et des stratus maritimes réapparaissent régulièrement.
La Gaume est à nouveau protégée, avec un ensoleillement raisonnable et des températures de 20 à 21°C. Ailleurs, il fait de 16 à 18°C en plaine et de 14 à 17°C sur les hauteurs.
5 juin 1977 : l’année d’avant, le soleil était revenu le 5 juin, avec une hausse rapide des températures. Mais en 1977, il continue à faire mauvais ! Le front froid, qui a fini par traverser le pays la nuit, reste traîner sur le sud du pays, ondule et reforme des systèmes frontaux complets. Il en résulte un temps restant très nuageux à couvert.
La brume et les stratus se transforment en stratocumulus, puis partiellement en cumulus. Mais les altostratus qui se trouvent au-dessus maintiennent une atmosphère grise. Sous les précipitations, on observe aussi des fractus, voire des stratocumulus qui se reforment, ou même des stratus. Le soleil, quand il réussit à percer, ne brille généralement pas plus de 10 à 15 minutes, quelque part en matinée.
Sur l’est du pays, l’air est plus instable et des cumulonimbus enclavés parviennent à se former, avec des précipitations plus abondantes (14,1 mm à Mont-Rigi ; 13,3 mm à Beauvechain ; 12,2 mm à Saint-Hubert). Les températures ne dépassent pas 15 à 17°C en plaine et 13°C sur les hauteurs.
6 juin 1977 : le beau temps ne vient toujours pas ! Un front froid a de nouveau traversé le pays la nuit, mais ne s’en est pas fort éloigné. Le front chaud d’un nouveau système frontal, situé sur l’Angleterre à la mi-journée, aborde déjà notre pays.

Source : Deutscher Wetterdienst
Il n’y a donc pas de véritable ciel de traîne, juste un mix de stratocumulus et de nuages convectifs avec quelques éclaircies seulement. Les altostratus, déjà partiellement présents le matin, s’épaississent l’après-midi pour devenir nimbostratus. Les pluies, d’abord modestes, se renforcent en soirée et la nuit, si bien que les pluviomètres se retrouvent bien remplis, avec par exemple 37,7 mm à Chièvres, 24,0 mm à Denée-Maredsous et 23,8 mm à Uccle.
Grâce au secteur chaud, les températures maximales ne sont certes pas trop basses, mais loin d’être estivales, avec 15 à 18°C en plaine, 13°C sur les Hautes-Fagnes, 11°C sur le Plateau Ardennais et 14 à 15°C en Gaume.
7 juin 1977 : cette fois-ci, notre pays se retrouve vraiment à l’arrière d’un front froid, avec un vrai ciel de traîne. Le matin certes, la pluie est encore continue, sous un nimbostratus qui devient ensuite altostratus, mais bien vite les averses alternent avec des éclaircies, cumulus et cumulonimbus mais aussi stratocumulus, certes pas trop nombreux, ce qui nous permet aussi de voir des altocumulus et des cirrus dans les coins de ciel bleu. En fin de journée cependant, les nuages convectifs s’étalent, les averses disparaissent mais l’ambiance redevient grise.
Les températures, malgré les quelques heures de soleil, sont basses pour la saison, avec 15 à 17°C en plaine et 12 à 13°C sur les hauteurs. Le vent souffle à présent par rafales, et renforce l’impression de fraîcheur. Notamment l’après-midi, certaines rafales atteignent voire dépassent les 70 km/h (jusqu’à 74 km/h en région gantoise, et même jusqu’à 87 km/h au port d’Ostende).
8 juin 1977 : une dépression, qui était sur la Mer du Nord, aborde à présent les côtes de Norvège, où elle remonte vers le nord. Une nouvelle dépression, qui se trouve le matin au nord-ouest de l’Espagne, finit par couvrir toute la moitié nord de la Péninsule Ibérique le soir. Pendant ce temps, une perturbation à large secteur chaud remonte vers le nord sur la France.
En attendant, le temps reste frais mais s’améliore nettement. Sur l’ouest, on peut même parler de beau temps. Là, on observe des cumulus éclatants dans le ciel bleu, cumulus qui atteignent facilement le stade congestus, et isolément aussi le stade de cumulonimbus. À cela s’ajoutent des cirrus et quelques altocumulus cumulogenitus.
Sur l’est, le ciel est plus nuageux. Le matin, il pleut encore, puis le ciel se partage entre cumulus et stratocumulus. L’après-midi, les cumulus se développent davantage et finissent par former des cumulonimbus avec quelques averses. Avec en plus une quantité variable d’altocumulus, le temps est moins ensoleillé. Et dès la fin de l’après-midi, l’étalement des cumulus redonne une atmosphère assez grise.
Les températures maximales se situent entre 17 et 19°C en plaine, et autour de 14°C sur les hauteurs.
9 juin 1977 : l’air plus chaud est enfin là ! Avec une dépression désormais sur le Golfe de Gascogne, notre pays se retrouve en plein secteur chaud, sous des vents plus continentaux de sud-est, puis de sud. Mais l’air est particulièrement instable et les orages, nombreux. Ces orages sont souvent violents, avec pluie, grêle et fortes rafales entraînant des dégâts. Seule la région côtière est épargnée.
Le matin, il fait encore gris, avec des stratocumulus et des cumulus fractus, accompagnés d’un peu de pluie, puis le temps s’éclaircit un peu, mais avec des cumulus bourgeonnants, se transformant rapidement en cumulonimbus orageux, accompagné de cirrus et d’altocumulus, localement aussi de cirrostratus et d’altostratus.

Bruxelles – Notes originales de 1977 – Robert Vilmos
Il n’y a que le littoral qui connaît un temps différent, avec de nombreux stratocumulus, des cumulus fractus et relativement peu de nuages convectifs développés. Les températures, là, restent assez basses avec 17°C au meilleur moment de la journée, et même 14°C seulement sur l’ouest de la Côte Belge. Ailleurs, les températures, grâce à l’air tropical, sont en nette hausse, avec 22 à 23°C en plaine, et jusqu’à 25°C en Campine et en Gaume. Sur les Hauts Plateaux, on enregistre 20 à 21°C.
La frange sud et sud-ouest du pays reçoit le plus de précipitations, avec 19,0 mm à Dourbes, 15,0 mm à Chièvres, 13,8 mm à Saint-Hubert et 12,5 mm à Denée-Maredsous.
10 juin 1977 : les températures sont déjà en baisse, avec plus que 17°C en plaine à l’ouest, et 21 à 22°C à l’est (Campine). Sur les hauteurs, il fait 18 à 20°C, et seulement 13 à 15°C au littoral.
Cela n’empêche pourtant pas l’air de rester instable et très orageux. Les stratus du matin sur les hauteurs, et les stratocumulus ailleurs évoluent rapidement en un mix de stratocumulus et de nuages convectifs, avec de nombreux cumulonimbus orageux. Ceux-ci se stratifient par la suite, en donnant encore de la pluie et de la bruine.
Les précipitations sont conséquentes sur l’ouest du pays, avec 28,2 mm à Bruges, 25,5 mm à Ostende, 16,4 mm à Coxyde et 16,0 mm à Eeklo. Sur l’extrême nord-est du pays, les précipitations sont moindres, mais les phénomènes sont plus violents. À Kinrooi, au nord de Maaseik, on observe même une tornade !
Des vents assez complexes, soufflant en matinée de nord-est sur le nord du pays et de sud-est sur le sud du pays, évoluent en début d’après-midi en une rencontre entre vents de directions fort différentes, ce qui laisse deviner le passage d’une méso-dépression sur nos régions.
La carte ci-dessous est de 11 heures et elle permet de situer le centre de la méso-dépression quelque part entre Saint-Quentin et Charleville-Mézières. Cette méso-dépression se déplace ensuite vers le nord-est et atteint le Limbourg en début d’après-midi. C’est ce genre de phénomène qui permet souvent d’avoir des cisaillements de vents suffisants pour générer une tornade.

Vents à 11 heures, le 10 juin 1977 – Source : Kachelmann Wetter
11 juin 1977 :
La tendance orageuse est toujours présente sur le pays, malgré un changement de masse d’air. À présent, une dépression centrée sur le sud-ouest des Îles Britanniques (se déplaçant lentement des Cornouailles au Pays de Galles) nous envoie de l’air polaire maritime de retour, qui nous « revient », légèrement réchauffé, avec des vents de sud. C’est cette faible chaleur des basses couches, alors que l’air reste froid en altitude (4°C au niveau 850 hPa ; –6°C au niveau 700 hPa), qui est à l’origine de la persistance des orages.
Le ciel est typique du temps instable, avec cumulus se développant dès le milieu de la matinée, et évoluant en cumulonimbus dès midi. Les averses sont nombreuses, parfois accompagnées d’orages, mais sans trop de précipitations. Grâce à de belles éclaircies (peu de stratocumulus et d’altocumulus), les taux d’ensoleillement sont raisonnablement élevés.
Les températures maximales atteignent 18 à 21°C en plaine, et 17°C sur les hauteurs.
12 juin 1977 :
Ah ! Enfin ! Le beau temps est de retour !!! À travers un léger voile de cirrus et de cirrostratus, le soleil brille toute la journée, accompagné de quelques altocumulus, parfois castellanus. Avec un petit vent de sud-est, tournant ensuite à l’est et au nord-est, la journée est on ne peut plus agréable par des températures, l’après-midi, de 24 à 26°C en plaine et de 21 à 22°C sur les hauteurs.
13 juin 1977 :
Et voilà que la canicule est de retour aussi, en ce 13 juin 1977 ! Combien d’entre nous ne se rappellent-il pas le bel été de l’année passée, qui semble finalement nous revenir cette année-ci aussi.
Non ! La chaleur de ce jour n’a rien à voir avec celle de 1976. Il fait très humide, avec des points de rosée dépassant parfois les 20°C (jusqu’à 21°C à Chièvres et Beauvechain, et même jusqu’à 22°C à Coxyde). Bien que les températures fassent de beaux scores en ce 13 juin 1977, elles restent bien en deçà de celles du ressenti, qui font croire qu’on se situe à nouveau au-delà des 35°C.
Une inversion thermique, située vers les 800/900 mètres d’altitude, sépare l’air chaud des basses couches d’un air (relativement) encore plus chaud en altitude. Cette inversion inhibe fortement la formation de cumulus, si bien qu’après la dispersion des altocumulus castellanus du matin, le ciel devient serein ou presque.
Oui, il fait étouffant et le soleil est de plomb. Pourtant les températures maximales n’atteignent « que » 30 à 32°C en plaine, 28°C sur les hauteurs et 29 à 31°C en Gaume.
L’après-midi, il continue à faire très beau, avec quelques altocumulus et cirrus, puis brusquement, en fin d’après-midi sur le sud-ouest et en soirée ailleurs, un mur de cumulonimbus nous arrive du sud-ouest, presque sans cumulus annonciateurs, et fait gronder les orages (ici et là avec de fortes précipitations : 21,0 mm à Dourbes et 19,7 mm à Chièvres). En quelques heures, la température perd quelques 10°C. C’en est déjà fini, avec la chaleur de 1977 !

Bruxelles – Notes originales de 1977 – Robert Vilmos
Données synoptiques (min-max) ajoutées a posteriori vers 1980/81
14 juin 1977 : de l’air paradoxalement assez frais nous arrive du sud, à l’arrière du front froid qui a traversé le pays la veille et qui a provoqué les orages avant de remonter vers la Mer du Nord en cours de nuit.
Outre la baisse des températures, le temps est aussi fort mitigé, avec encore un peu de pluie sur l’est en matinée. Ensuite les stratocumulus sont prédominants dans le ciel et ne se transforment que partiellement en cumulus durant l’après-midi. Le littoral connaît aussi des brumes et brouillards matinaux, qui disparaissent en matinée, mais reviennent l’après-midi et le soir.
Les températures maximales n’atteignent plus que 16 à 17°C en bordure de mer, 21 à 22°C en plaine, 20°C au centre du pays et 17°C sur les Hauts-Plateaux.
Pendant ce temps, la perturbation du front reste traîner sur le sud de la Mer du Nord et tend même à redescendre à nouveau vers notre pays.
15 juin 1977 : la perturbation frontale, certes très affaiblie, se trouve à présent sur notre pays tandis qu’un autre front, poussé par un anticyclone qui s’est formé au nord-ouest de l’Écosse, descend également sur la Mer du Nord. Ce deuxième front va se frontolyser tandis que le premier, un front occlus désormais, reste longtemps traîner sur notre pays.

Source : Deutscher Wetterdienst
Il s’ensuit un temps particulièrement brumeux, gris et pluvieux sous un nimbostratus tenace. Ce n’est qu’en fin de journée que les précipitations cessent peu à peu, avec un nimbostratus qui s’amincit en altostratus, d’abord opacus puis translucidus. Mais ce n’est visible que depuis les hauteurs. Ailleurs, les brumes tendent à former du brouillard et les stratocumulus évoluent en stratus.
Les températures maximales ne dépassent pas 13°C à l’ouest des plaines pour encore atteindre localement 17°C en Campine. La Gaume, à nouveau quelque peu à l’abri connaît un temps un peu meilleur. Les stratocumulus se déchirent même, laissent entrevoir le soleil, ainsi que des cirrus et des altocumulus, pendant que des cumulus parviennent à se former. Les températures, là, atteignent 18 à 20°C.
16 juin 1977 : cette fois-ci, c’est le pays tout entier qui se retrouve dans la grisaille. Brume, brouillard et bruine, toute la journée, comme en novembre ! En plus, sous un petit vent bien désagréable de nord-ouest, il fait très frais, surtout à l’ouest, avec 13°C seulement. En Campine, on atteint à nouveau 17°C localement. Cette fois-ci, la Gaume n’est guère moins grise, avec 16 à 17°C, pendant qu’il fait 13 à 14°C sur les hauteurs.
Le ciel est couvert partout, le plus souvent par des stratus, occasionnellement par des stratocumulus. Au littoral, il pleut plus fort, sous un nimbostratus qui comporte aussi des cumulonimbus enclavés, avec même de l’orage.
En cours de nuit, ces précipitations plus abondantes gagnent le restant du pays, avec par exemple 11,5 mm dans le pluviomètre d’Uccle. Au littoral, les précipitations sont localement très abondantes, comme à Ostende (23,5 mm).
17 juin 1977 : malgré une circulation atmosphérique très molle sur l’Europe Occidentale, une frontière très marquée commence à se marquer entre le temps brumeux et frais au nord, et un temps nettement plus chaud mais instable au sud. La Gaume recommence à en bénéficier, avec 21 à 22°C et des stratocumulus qui s’entrouvrent pour laisser apparaître les castellanus d’un temps instable. Un peu plus au sud, en Alsace et en Lorraine, c’est véritablement l’été qui est de retour, avec 23,7°C à Metz, 24,2°C à Nancy et même 27,2°C à Colmar avec en prime, pour cette dernière ville, un ensoleillement de 10h18.
Dans la plupart de nos régions à nous, par contre, il continue à faire désespérément gris. Un stratus on ne peut plus monotone occupe la totalité du ciel, avec de la bruine en matinée principalement sur un axe allant de Mons à Liège en passant par Charleroi et Namur. L’après-midi, les stratus tendent à évoluer en stratocumulus, mais la brume persiste. Lorsque les stratocumulus se déchirent un peu, on aperçoit l’altostratus opacus qui se trouve au-dessus. Au littoral, en raison d’un peu de turbulence, on observe des stratocumulus tout au long de la journée, parfois doublés de cumulus.
Pour de très nombreuses régions, il s’agit déjà du troisième jour sans le moindre rayon de soleil. Comme déjà mentionné ci-dessus, seule la frange sud du pays est moins concernée par la grisaille.
Les températures maximales (Gaume exceptée) se situent le plus souvent entre 15 et 18°C.
18 juin 1977 : une quatrième journée sans soleil s’ajoute pour la majeure partie de notre territoire. Un stratus toujours aussi monotone couvre le ciel, et la brume est tellement épaisse qu’on peut souvent parler de brouillard et ce, jusqu’à la mi-journée. En plus, on observe encore de petites bruines ici et là.
Avec le vent en provenance de la Mer du Nord, il fait particulièrement frais sur tout l’ouest du pays, avec des maxima d’à peine 14 ou 15°C. En Campine et sur les versants nord des Hautes-Fagnes, cela va un peu mieux, mais pas beaucoup, avec le plus souvent 17 à 19°C au meilleur moment de la journée. Là, les stratus évoluent en stratocumulus l’après-midi, mais il y fait tout aussi gris.
Pendant ce temps, une démarcation plus nette encore se dessine entre l’air frais et l’air chaud. Un tiers du pays, à présent, échappe à la morosité du ciel.

Carte confectionnée par les soins de MétéoBelgique
Sur la carte, nous voyons clairement cette délimitation. Notez que la carte tient compte du relief. C’est pour cela que les 18°C de Mont-Rigi (674 m) se trouvent dans la zone chaude, alors que les 19°C de Laon (82 m), les 20°C de Bierset (178 m) ou les 18°C d’Aix-la-Chapelle (202 m) sont encore repris dans la zone fraîche.
Le temps chaud dont bénéficiait la veille l’Alsace et la Lorraine a également investi à présent la Gaume Belge. À Virton, le thermomètre affiche même 26,3°C. Les stratus du matin se transforment rapidement en stratocumulus qui se dispersent ensuite, faisant place à un ciel lumineux. Mais l’air est instable et les cumulus bourgeonnent, jusqu’au stade de cumulonimbus avec des orages, parfois violents, à la clé. À Virton justement, on relève 30,8 mm de précipitations.
Saint-Hubert, avec 20,9°C à 557 mètres d’altitude, se trouve encore entièrement dans la zone chaude. Là aussi, le temps est lumineux l’après-midi, mais instable avec des orages là aussi (10,3 mm).
Des localités comme Dourbes (20,0°C à 240 m), Denée-Maredsous (20,3°C à 222 m), Rochefort (22,4°C à 193 m), mais aussi Cologne (22,2°C à 45 m) se trouvent déjà fort à la limite. Le temps y est moins beau aussi, avec des stratus plus coriaces, ne se transformant que temporairement en cumulus, et aussi parfois des voiles d’altitude (altostratus translucidus).
En Alsace et en Lorraine, c’est le plein été, mais avec un temps lourd et orageux. À Colmar, on monte même jusqu’à 28°C.
19 juin 1977 : l’air chaud recule à nouveau. Il refait frais à Virton, mais aussi à Metz et à Nancy. Seul Colmar est encore du côté chaud (et ensoleillé), avec 24,9°C et plus de 12 heures de soleil.
En Belgique, le ciel est couvert partout. On observe de la brume et des stratus, accompagnés de bruine. Par la suite, les précipitations se renforcent et tombent sous forme de pluie, sous un nimbostratus doublé de nombreux fractus. À Chièvres par exemple, on note 19,7 mm de précipitations, et encore 13,3 mm à Saint-Hubert et 11,0 mm à Rochefort.

Bruxelles – Notes originales de 1977 – Robert Vilmos
Données synoptiques (min-max) ajoutées a posteriori vers 1980/81
Avec des températures qui baissent encore même dans les zones déjà fraîches, on peut vraiment parler d’un « temps à ne pas mettre un chien dehors ». Les maxima sont particulièrement bas sur l’ouest du pays, avec 12,8°C à Beitem, 13,0°C à Bruges, 13,2°C à Eeklo et 13,4°C à Chièvres. Mais en Campine, ce n’est guère plus brillant, avec 15,0°C à Bourg-Léopold et 15,2°C à Kleine Brogel. Virton, en Gaume, doit se contenter de 14,8°C pendant que Saint-Hubert affiche 11,8°C.
20 juin 1977 : 6e jour sans soleil pour bon nombre d’entre nous. Comme par exemple à Chièvres, à Uccle ou à Gosselies, mais aussi en région gantoise et brugeoise. Et c’est vraiment la faute à pas de chance. Pas loin de chez nous, c’est l’été. À Colmar, pendant ces six jours, on a totalisé 48 heures de soleil, avec 27°C le 17 et 28°C le 18. Plus au nord, à Metz, le beau temps a été moins constant, mais on est resté loin de la grisaille belge. D’ailleurs en ce jour du 20 juin, l’air plus doux a de nouveau léché notre pays, avec 18°C sur l’extrême sud de la Gaume (mais seulement 14°C à Virton !)
Les nimbostratus font place à des stratocumulus. Et dans les rares interstices, c’est un altostratus qu’on voit. Le soleil n’a donc aucune chance et il fait toujours aussi brumeux. Seul le littoral connaît une petite demi-heure de soleil, grâce à un temps un peu plus instable avec un mix de cumulus et de stratocumulus. On y observe même une petite averse. Ailleurs, c’est le crachin qui domine, surtout sur la moitié est du pays.
Le temps reste frais, plus frais même, parfois, que la veille, avec des maxima de 13 à 15°C en plaine et de 10 à 11°C sur les hauteurs. L’extrême sud est plus doux, avec 18°C et un temps un peu meilleur.
21 juin 1977 : les Bruxellois ont revu le soleil. Il a brillé quelques instants entre les stratocumulus à la mi-journée. Bon pour 15 minutes d’insolation sur l’héliographe. Ailleurs aussi, on a revu le soleil. 20 minutes à Sijsele, du côté de Bruges, et 25 minutes à Chièvres !
L’est du pays est resté toute la journée sous les stratus et la brume, l’ouest a connu des stratocumulus, doublés l’après-midi par des cumulus. De nombreuses stations sont restées sans soleil, et ont vu un septième jour s’ajouter aux six jours sans soleil.
Les températures maximales sont voisines de 16°C en plaine et de 12°C sur les hauteurs.
Toutes les franges extrêmes du pays, ouest, nord, est et sud, connaissent un temps meilleur. À Essen, au nord d’Anvers, la température remonte à 20°C sous quelques éclaircies. À Kleine Brogel, on observe même 3h45 de soleil. Au littoral, le soleil se montre aussi, 1h40 à Ostende. Là, les nuages se déchirent en fin d’après-midi et les stratocumulus font de plus en plus place à des cumulus développés. En Gaume, on remonte à 19°C, mais la vraie limite de l’air plus doux se trouve plus au sud et frôle le Grand-Duché du Luxembourg. À Trèves en Allemagne, on relève 20,8°C et 4h30 d’insolation.
22 juin 1977 : il refait gris, humide et frais presque partout. Les stratus, les stratocumulus et les fractus se partagent le ciel. En Haute Belgique, les stratus tendent à persister. Ailleurs, les fractus se transforment en cumulus l’après-midi, toujours sous une nappe de stratocumulus, souvent surmontée d’altostratus. C’est au littoral que les nuages se déchirent le mieux, avec des altocumulus à la place des altostratus, et des stratocumulus évoluant en cumulus. Ainsi, l’héliographe d’Ostende enregistre 3h55 d’insolation. Mais déjà à Sijsele, non loin de Bruges et de Damme, n’on observe plus que 10 minutes de soleil.
Pour la plupart des autres stations, c’est zéro. Ainsi, certaines localités arrivent à leur huitième jour sans soleil. C’est le cas, notamment, de Munte, de Melle et de Gosselies.
Les températures s’en ressentent, mais il fait déjà un brin plus doux, avec des maxima de 16 à 19°C en plaine (15°C au littoral) et de 14 à 15°C sur les hauteurs.
Un anticyclone se développe lentement juste au nord de nos régions, et tous les espoirs sont à nouveau permis.

Source : Deutscher Wetterdienst
23 juin 1977 : le beau temps est revenu ! Enfin, une certaine amélioration, un ciel un peu moins gris. Le vent souffle de nord à nord-est et amène aussi des nuages de la Mer du Nord, et pas mal de fraîcheur, surtout sur l’ouest du pays, avec des maxima de 16°C au littoral et de 18 à 20°C sur l’ouest et le centre du pays. En Campine, on monte déjà à 21-22°C.
Les stratocumulus sont toujours là, après dissipation des brouillards et stratus matinaux, mais ils ne forment plus une couche continue ; le soleil brille parfois et des cumulus de beau temps se forment dans les éclaircies.
Mais il n’y a que dans le sud du pays qu’on peut parler d’un véritable retour de l’été. Grâce à sa situation abritée derrière le massif ardennais, Virton renoue avec la chaleur avec 25,8°C. Et le temps y est beau, avec une tendance instable toutefois, se marquant par des cumulus congestus et des altocumulus castellanus.
24 juin 1977 : un semblant d’été est arrivé aussi sur les autres régions de Belgique. Les températures sont agréables, souvent de 22 à 24°C en Basse et Moyenne Belgique, pendant que les Hautes-Fagnes bénéficient encore de 21°C.
Mais le temps n’est pas vraiment beau. Les brumes et brouillards matinaux sont parfois coriaces et tardent à se dissiper. Ensuite, les stratocumulus présents évoluent en cumulus, qui gonflent rapidement en Haute Belgique avec des orages dès la mi-journée. Ces orages persistent l’après-midi et débordent jusqu’à la Famenne et l’Entre-Sambre-et-Meuse. Rochefort récolte 19,4 mm de précipitations.
C’est sur l’ouest que le temps est le plus lumineux, avec des cumulus peu développés qui se résorbent rapidement, laissant un ciel serein tout l’après-midi. Mais il y fait plus frais aussi : pas plus de 16 à 17°C au littoral, et quelques 20°C du côté de Bruges et de Roulers.
25 juin 1977 : il refait mauvais, il pleut ! Le matin, il pleuvine par endroit sous la brume et le brouillard, puis des pluies plus organisées et plus copieuses, parfois même orageuses, se répandent sur une grande partie du pays.

Pas de 1977, mais tellement représentatif de l’été 1977.
Léonard Misonne : « Pluie à Namur ».
Le ciel est en fait caractérisé par un mix de stratocumulus et de nuages convectifs, les stratocumulus restant prédominants avec peu d’éclaircies. Mais les nuages convectifs atteignent facilement le stade de cumulonimbus avec des averses pouvant être fortes. À Beauvechain par exemple, le pluviomètre reçoit 18,2 mm, mais Uccle, avec 10,0 mm, n’est vraiment pas au sec non plus.
Du coup, les températures fléchissent à nouveau : 17 à 20°C en plaine et 15 à 16°C sur les hauteurs.
L’été, cependant, n’est toujours pas très loin. En Alsace et en Lorraine, le temps est toujours assez estival. À Colmar, à l’exception de deux jours (le 15 et le 22), le temps a toujours gardé un parfum estival et ce, depuis le 12 juin. À Nancy et à Metz, le beau temps a été plus irrégulier mais – comme déjà dit – bien moins triste que chez nous. Dans toutes ces régions, le mois de juin 1977 terminera certes aussi en dessous des normes saisonnières, mais de façon beaucoup moins marquée.
26 juin 1977 : on prend les mêmes et on recommence. Brumes et brouillards le matin, puis mix de stratocumulus et de nuages convectifs, avec averses et orages. À Mont-Rigi, il pleut particulièrement beaucoup, avec 28,1 mm !
Les températures ne bougent pas beaucoup non plus : maxima de 16 à 20°C en plaine (14 à 15°C au littoral) et autour de 15°C sur les hauteurs.
Ce mauvais temps gagne aussi du terrain : c’est fini à présent, l’été en Alsace et en Lorraine !

Image représentative du ciel de ces jours.
Photo générée par ChatGPT d'après une peinture d'Émile Claus : « Retour à la ferme ».
27 juin 1977 : un jour à nouveau un peu meilleur. « Nuageux à beau », dirait-on dans la terminologie météorologique. Des fractus défilent dans le ciel bleu en début de matinée, puis ces fractus se transforment en cumulus humilis à mediocris. Mais il y a aussi des bancs d’altocumulus, qui deviennent graduellement plus nombreux, et aussi des cirrus, évoluant parfois en cirrostratus.
Les températures restent un peu faiblardes, de 18 à 20°C en plaine, localement 21°C au nord et au nord-ouest du pays. Sur les Hautes-Fagnes, il faut se contenter de 15°C.
28 juin 1977 : la journée est encore « potable », mais des pluies abondantes s’annoncent déjà. Les statocumulus du matin se transforment certes rapidement en cumulus, mais s’étalent à nouveau en après-midi. Au-dessus, les nuages d’une perturbation frontale apparaissent, cirrus et cirrostratus, suivi d’altostratus. Le soir, il se met à pleuvoir, parfois fort. Des cumulonimbus sont enclavés dans la perturbation, accompagnés de l’un ou l’autre coup de tonnerre. Les pluviomètres se remplissent bien : 17,6 mm à Deurne, 15,2 mm à Uccle, 14,6 mm à Chièvres, 14,5 mm à Denée-Maredsous.
Les températures, dans l’air un peu plus chaud à l’avant de la perturbation, grapillent quelques degrés : 20 à 22°C en plaine, 17°C sur les hauteurs. En bordure de mer, la température reste coincée à 17°C aussi.
29 juin 1977 : nous n’en sommes pas encore quittes, du mauvais temps. À présent, c’est l’arrière de la perturbation, la « traîne », qui détermine notre temps. Après les pluies continues du matin, qui s’évacuent vers l’est en cours de matinée, le temps devient changeant avec des averses, parfois orageuses sur le nord et le nord-est du pays. Par endroit, nous avons de beaux ciels, avec de larges éclaircies et des cumulus éclatants ; en d’autres endroits, les stratocumulus sont nombreux et limitent les éclaircies.
Les températures, sous les vents de nord-ouest de l’arrière de la perturbation, ne dépassent plus 17 à 19°C en plaine, et 14 à 16°C sur les hauteurs.

Ciel de traîne.
Edmond de Schampheleer : « Marais ».
30 juin 1977 : le temps reste nuageux, instable et frais. Un peu de brouillard le matin, puis des stratocumulus évoluent en cumulus, donc quelques-uns atteignent le stade de cumulonimbus avec averses voire orages. Entre ces averses, il y a quelques éclaircies, mais la tendance générale est au ciel très nuageux (stratocumulus, altocumulus, ici et là aussi voile de cirrostratus ou d’altostratus). Les précipitations, malgré les averses, restent généralement modestes, mais l’ensoleillement aussi.
Les températures : 19 à 20°C en plaine, 15°C sur les hauteurs.
Voilà qui termine un mois de juin qui restera dans les annales comme l’un des plus tristes jamais observés en Belgique. En termes de chiffres, comme dit dans l’introduction, il est le deuxième moins ensoleillé de la série climatologique, qui pour ce paramètre, commence en 1887.
Conclusion
Le mois de juin est le premier d’un été exceptionnellement peu ensoleillé dans son ensemble. Avec un total de 404h heures d’ensoleillement, c’est même l’été le moins ensoleillé du siècle. Il compte par ailleurs moins de la moitié des heures d’ensoleillement de l’année d’avant, 1976, qui en comptait 812.
Ironie du sort : si l’on considère l’ensemble de la série des observations héliographiques (1887-2025), les années 1976 et 1977 occupent toutes les deux une seconde place, mais en sens opposé.
1976 : 812h00 (1947 : 819h46)
1977 : 404h00 (1888 : 401h20)
Il n’est donc pas exagéré de qualifier l’été 1977 comme un été pourri. Il est d’ailleurs le premier d’une série de cinq : 1977, 1978, 1979, 1980 et 1981. Pendant ces cinq étés, tous les mois sans exception présentent un ensoleillement déficitaire, voire très déficitaire. En 1978 et en 1980, le froid s’invite même en plein été. Notamment la période de 30 jours du 16 juin au 15 juillet 1980 est exécrable. La température moyenne à Uccle est de 13,5°C (moy. min. : 10,5°C ; moy max : 16,8°C) ; les précipitations atteignent 204,2 mm (28 jours de pluie sur 30) et l’insolation est à peine supérieure à 60 heures (ce qui correspond normalement, grosso modo, à la période de 30 jours allant du 30 octobre au 28 novembre). Si une telle période était tombée pile poil dans un mois calendrier, plusieurs records mensuels auraient été battus.
1978 est un peu moins extrême, mais la période du 22 juin au 21 juillet est fort mauvaise aussi, à peu près aussi froide, juste un peu moins sombre et un peu moins pluvieuse. Les étés 1979 et 1981 ne présentent pas vraiment d’extrêmes, mais sont médiocres du début à la fin. Il faudra attendre 1983, après l’été moyen de 1982, pour retrouver un bel été !
De nos jours, les étés pourris sont devenus plus rares et leurs caractéristiques ont changé. Les deux derniers « mauvais » étés remontent à 2021 et 2024. En 2021, le total des précipitations, avec 410,7 mm à Uccle, dépasse de loin ce qu’on a connu jusqu’à présent. L’été le plus pourri de tous les temps ? Si l’on regarde le nombre de jours de pluie, de 50, on n’est même pas tellement au-dessus de la normale. Quatre des cinq étés pourris de 1977 à 1981 ont produit plus de jours de pluie, et le cinquième, 1981, avec 50 jours de pluie, a égalé ce nombre.
En termes d’insolation, l’été 2021 s’achève sur 513h51 de soleil. Un chiffre certes un peu faible, mais bien au-dessus des étés pourris d’antan. De 1977 à 1981, aucun des cinq étés n’a atteint 500 heures de soleil, et quatre des cinq étés ont même été largement en dessous (en 1977, rappelons-le, seulement 404 heures de soleil !)
On peut donc dire de 2021 que ce n’était certes pas un bel été, mais pas si sombre que cela, et pas avec tant de jours de pluie. Mais… La fréquence plus faible des précipitations et la quantité plus élevée montrent que quand il pleut, il pleut plus fort, et parfois même de façon catastrophique ! Nul n’a oublié les dramatiques inondations de l’été 2021 !
En 2024, le total des précipitations s’élève, à Uccle, à 323,8 mm. Ce chiffre est légèrement inférieur à celui de 1980, et supérieur au quatre autres étés pourris de la série 1977-1981. Mais le nombre de jours de pluie, de 40, a été… inférieur à la normale (49 jours dans notre ancien climat, 42 jours selon la norme 1991-2020). En outre, les heures d’insolation, avec 619h22 à Uccle, ont été supérieurs aux normes ! Mais c’est vrai que les étés 2018 (693h06), 2019 (637h17), 2022 (779h11), 2023 (674h42) et 2025 (707h00) nous ont habitués à mieux, voire à beaucoup mieux !
Comme en 2021, il a plu moins souvent, mais bien plus fort. À l’échelle du pays, les cotes journalières de plus de 40 mm ne se comptaient plus. Par chance, aucune catastrophe de la gravité de 2021 ne s’est produite, même si des inondations locales ont été signalées à plusieurs reprises.

Mauvais temps estival à la façon 2024 – souvent avec une tournure plus violente qu’avant.
Bras (Province du Luxembourg) – 18 juin 2024 à 20h43 – Crédit photo : Michael Baillie (Belgorage).
Enfin au niveau des températures, si 2021 et 2024 sont apparus frais par rapport à certains autres étés récents, les valeurs moyennes, à Uccle, de 17,8°C et de 18,3°C, sont bien au-dessus des normes de nos étés anciens. En d’autres termes, les températures d’un été pourri de nos jours correspondant à celle d’un bel été du temps de jadis.
Oui ! Le climat d’aujourd’hui a changé sur de nombreux paramètres. Et s’il y en a un qu’il faut particulièrement tenir à l’œil, plus encore peut-être que les températures, ce sont les précipitations et le caractère irrégulier, voire imprévisible, qu’elles ont pris.
Sources
- Institut Royal Météorologique – Bulletin mensuel climatologique – Juin 1977
- Institut Royal Météorologique – Annuaire climatologique – 1977
- Institut Royal Météorologique – Climat – Événements remarquables depuis 1901
- IRM (RMI) – Open Data – Homogenized monthly climate series – temperature and precipitation
- Deutscher Wetterdienst – Eurpopäischer Wetterbericht – Bodenwetterkarte 12 MG Z
- University of Wyoming – 06447 Uccle observation at 12hZ (June 13 20, 1977)
- Kachelmann Wetter – Messwerte & Klimadaten – 1977
- Met Office – Daily Weather Summary – DWS_1977_06
- Météociel – Réanalyses NOAA/NCEP 2




