Vigilance météo
Vigilance météo

Climat d'antan : la tornade du 17 mars 1934

Préambule

Dans le cadre de notre rubrique « Le climat d'antan », nous allons réanalyser en détail des épisodes météorologiques anciens et remarquables, en essayant d'expliquer en détail les causes et conséquences de ces épisodes, à raison d'une analyse par mois.

Neuvième volet de la série : la tornade du 17 mars 1934.

À noter que toutes les valeurs (température, insolation) sont homogénéisées, et donc comparables aux observations d’aujourd’hui.


Introduction

Bien souvent, on associe les tornades et les orages violents en général à des journées chaudes à l’atmosphère lourde, où tout dégénère en fin d’après-midi ou en soirée. C’est certes souvent le cas, mais pas toujours. Le 17 mars 1934, a priori, ne présentait aucune particularité hors du commun. Le temps était variable avec des averses, comme souvent au printemps, avec des températures de saison, d’une dizaine de degrés en journée. Et pourtant…

Un orage d’une rare violence a touché une vaste région du Hainaut et du Brabant Wallon, en produisant parfois des grêlons gros comme des œufs de pigeon et, surtout, une tornade qui a parcouru une cinquantaine de kilomètres, provoquant d’énormes ravages sur son passage.


Les tornades en Belgique

Contrairement aux autres paramètres météorologiques, il ne nous est pas possible de faire des statistiques sur le long terme pour les tornades en Belgique. Cela ne fait qu’une petite vingtaine d’années, avec l’avènement du smartphone et des réseaux sociaux, que toutes les tornades ou à peu près sont enregistrées, puis médiatisées. Avant, bien des tornades passaient sous les radars parce qu’elles se produisaient dans des régions peu habitées, ou alors dans des régions où la presse locale était peu présente.

Les statistiques que nous pouvons établir couvrent donc une période récente, déjà concernée par le réchauffement climatique. Aucune comparaison n’est possible avec d’anciennes données, datant de périodes où nous connaissions encore notre ancien climat. En plus, même de nos jours, toutes les tornades ne sont pas recensées, tout simplement parce qu’elles ne sont pas visibles. Dans notre climat souvent humide, bien des orages sont particulièrement pluvieux, et dans les cas où une tornade se forme, elle risque d’être entièrement cachée par un rideau de pluie.

Dans une certaine mesure, les enquêtes de terrain, qui étudient la nature exacte des dégâts, permettent de déterminer s’il s’agissait d’une tornade ou d’un autre phénomène venteux violent. Un exemple : quand des arbres sont abattus par la force du vent, s’ils tombent de façon parallèle, il s’agit généralement d’une rafale descendante ; s’ils tombent de façon convergente, il s’agit généralement d’une tornade. Mais il existe bien d’autres éléments encore, dans l’étude des dégâts, qui vont soit corroborer l’existence de la tornade, soit l’infirmer.

Il s’ensuit que même dans les statistiques récentes, nous avons, à côté des tornades dites « certaines », encore un bon nombre de tornades « probables » et de tornades seulement « possibles ». En d’autres termes, ni le matériel audiovisuel, ni les témoignages, ni les enquêtes de terrain n’ont réussi à déterminer s’il s’agissait vraiment d’une tornade. Il s’ensuit que les chiffres qui vont suivre sont sans doute légèrement sous-estimés par rapport au nombre réel des tornades qui se sont produites, par année, sur le territoire belge. Ci-dessous, les cas considérés comme certains sur les 20 dernières années.


Nous voyons que parmi les cas avérés, nous avons une moyenne de quatre tornades par an, réparties de façon assez aléatoire. Tout au plus observe-t-on un nombre un peu plus élevé pendant la bonne saison (mai – septembre) par rapport aux autres périodes de l’année. Mais la variabilité reste très grande. Le chiffre moyen du mois d’août, qui sort un peu du lot, est lié au simple fait qu’août 2014 a connu douze tornades en un seul mois. À noter aussi que sur les six tornades observées en 2021, cinq se sont produites un même jour, en l’occurrence le 19 juin 2021 (il y en a même une sixième ce jour-là, cataloguée comme probable, et donc non reprise dans le tableau).

Il y a d’ailleurs des cas qui ont mis bien du temps avant d’être validés. En août 2017, on a longtemps comptabilisé deux tornades alors qu’il y en avait trois. Dans l’un des cas (10 août 2017), il était difficile d’établir si le tuba a touché le sol ou non (cela n’a été possible qu’après maintes recherches). Cette tornade était donc restée pendant tout un temps parmi les « tornades probables ».

Tornade à Zerkegem (province de Flandre Occidentale), le 10 août 2017.
Crédit photo : Gregory D.

A contrario, un nombre plus élevé de tornades a d’abord été supposé pour le 23 octobre 2022, alors qu’on final, les dégâts ont été provoqués par deux tornades seulement. Ajoutons enfin qu’une tornade a été recensée le 13 mars 2019 parce qu’elle a traversé… quelques dizaines de mètres du territoire belge, une petite excroissance territoriale jadis occupée par une ligne de chemin de fer cédée à la Belgique en vertu du Traité de Versailles signé le 28 juin 1919.

Ce sont les enquêtes de terrain, justement, qui nous révèlent parfois que ce que l’on croyait l’œuvre d’une seule tornade a été en fait provoqué par deux ou plusieurs tornades, ou alors l’inverse. En France notamment, également en date du 23 octobre 2022, il a été question d’une tornade qui aurait parcouru 206 kilomètres (« tornade de Bihucourt »), alors que des enquêtes ultérieures ont révélé qu’il s’agissait de plusieurs tornades. Tout cela rend compte de la difficulté d’établir des statistiques fiables sur le nombre de tornades pendant une période donnée.
Et qu’en est-il des temps anciens ?

Nous disposons de statistiques sur la période de 1880 à 1940 (Baes et Joukkof), qui font état de 51 cas de tornades en Belgique. En d’autres termes : 0,85 tornade par an, chiffre bien inférieur à la moyenne 2006-2025.

Des études plus récentes (Belgorage) ont réussi à en répertorier 95 sur la même période (1,56 par an), auxquels s’ajouteront peut-être encore quelques cas non résolus à ce jour. Mais on n’arrivera sûrement pas à une moyenne de 4 par an, et peut-être même pas à une moyenne de 2 par an.

Même de nos jours, les statistiques ne sont pas tout à fait certaines. Si l’on ajoute au 79 cas certains répertoriés entre 2006 et 2025 les tornades « probables », on arrive à 92 cas, soit une moyenne de 4,6 cas par an. Ce chiffre rejoint les propos de M. Vandiepenbeeck, de l’IRM, qui estimait déjà avant 2006 que le nombre de tornades en Belgique devait se situer entre trois et six par an.

Cependant pour les cas anciens, on arriverait au meilleur des cas à deux par an, et d’aucuns seraient peut-être tentés de dire : ben oui, avec le réchauffement climatique, la fréquence des tornades a augmenté sur notre pays. Peut-être, mais sûrement pas dans cette proportion.

Dans la période 1880 à 1940, bon nombre de tornades sont passées sous les radars parce qu’elles se sont produites dans des régions peu peuplées ou parce qu’elles n’ont fait que des dégâts à la végétation, ce qui à l’époque n’était relayé par aucune presse, même pas locale. Et certaines tornades resteront sûrement inconnues à jamais. Et d’autres, peu connues, ne figureront pas dans toutes les études réalisées à ce sujet.

Ainsi, une puissante tornade (F3) telle que celle de Bernistap du 27 juin 2021 serait sans doute restée inconnue jadis car, sur son parcours, elle n’aura détruit qu’une seule ferme. De nos jours, il y a toujours un smartphone ou un appareil photo numérique dans le coin pour rapporter l’événement.

Tornade de Bernistap. Crédit photo : T. Calderoni

Oui, il y a une centaine d’années, c’étaient surtout les villes qui comptaient. Le 1er juin 1927, la tornade de Laeken (Bruxelles) avait été fort médiatisée pour l’époque, alors que les tornades pourtant plus puissantes de Boom, Franc-Warêt et Baelen n’avaient fait l’objet que de peu de commentaires.

Pour cette raison, contrairement aux températures et aux précipitations, nous n’avons que peu d’éléments sur lesquels nous reposer pour déterminer l’évolution de la fréquence et de l’intensité des tornades au fil des décennies. Le réchauffement climatique y a certainement ses effets, mais nous ne savons pas lesquels.

Ce que nous savons, c’est que les tornades sont à peine plus fréquentes pendant la bonne saison que pendant la mauvaise, et qu’elles ne se produisent qu’assez rarement dans le cadre de conditions pré-orageuses classiques. Sur les 79 cas recensés entre 2006 et 2025, seuls deux répondent au critère d’un temps chaud, lourd et orageux.

- La tornade de Postel (près de Lommel) du 10 juillet 2010 : le temps est très chaud et lourd, avec 36°C dans la région de la tornade (36,0°C à Geel et 36,3°C à Kleine Brogel). Il y a du soleil d’abord, puis des castellanus, puis des cumulus isolés qui bourgeonnent et se développent très fort, avec des orages violents à la clé. Une supercellule produit ensuite la tornade.

- La tornade de Jodoigne-Souveraine du 28 juin 2011 : il fait presque aussi chaud ce jour-là, avec 34 à 35°C dans la région de la tornade (34,4°C à Beauvechain et 35,0°C à Ernage). Le matin, alors qu’il fait déjà 25°C, des orages se forment à partir de castellanus. Ensuite le ciel s’éclaircit et la petite fraîcheur liée aux averses se transforme rapidement en chaleur d’étuve. Des points de rosée de 22 voire 23°C sont observés localement. En fin d’après-midi, la convection s’enclenche très rapidement et « tout pète ». En dehors de la tornade, on observe des rafales de 119 km/h à Beauvechain, des précipitations de 85 mm à Hannut et de gros grêlons endommageant des véhicules.

Auparavant nous avons encore, entre autres, la tornade de Ligne (entre Ath et Leuze) du 28 juillet 2005 qui remplit ce critère (29,7°C à Chièvres), ou la tornade d’Ebly, non loin de Neufchâteau, du 21 juillet 2003 (26,0°C à Libramont), la tornade de Sterrebeek du 2 juillet 1991 (26,9°C à l’aéroport de Bruxelles-National), la tornade de Rance du 3 août 1986 (33,2°C à Sivry-Rance) ou encore la tornade de Virton du 11 juillet 1984 (32,3°C à Virton même). Sinon, les tornades se produisent par tous les types de temps (instable) possibles et imaginables, dont le temps estival chaud et lourd ne forme qu’une petite partie.

Le 17 mars 1934, bien évidemment, n’entre pas non plus dans la catégorie des tornades par temps chaud. 


La tornade du 17 mars 1934 et les tornades en général

Le samedi 17 mars 1934 est une journée de printemps comme l’aurait décrite Théophile Gauthier :
« Tandis qu’à leurs œuvres perverses
« Les hommes courent, haletants,
« Mars qui rit, malgré les averses,
« Prépare en secret le printemps. »

Oui, des fois il pleut, même fort, puis le soleil réapparaît, un soleil déjà fort, qui réchauffe bien malgré l’air vivifiant en provenance de l’Atlantique. À l’ombre, il fait 10 ou 11°C. Cela suffit pourtant pour que l’impression printanière soit parfaite. Qui l’eût cru qu’un air aussi léger, aussi agréable serait le précurseur de l’une des plus terribles tornades que la Belgique n’ait jamais connues ?
D’abord, comment une tornade se forme-t-elle ?

Pour pouvoir l’expliquer, nous allons d’abord parler des orages. Il faut en gros trois conditions pour qu’un orage puisse se développer : de l’instabilité, de l’humidité et un facteur déclencheur.

Le facteur déclencheur peut être thermique. Par une journée ensoleillée d’été, le soleil surchauffe le sol qui, à son tour, réchauffe fortement les basses couches de l’atmosphère et crée ainsi une grande différence de température par rapport aux couches moyennes. Ainsi, les bulles d’air chaud formées près du sol se mettent à monter.

Il ne faut jamais oublier qu’une bulle d’air qui monte n’est pas encore saturée dans les premières centaines de mètres (et parfois les premiers mille mètres ou plus) de son ascension. Elle se refroidit donc adiabatiquement de 1°C par 100 mètres (adiabatique sèche). Pour que cette bulle d’air reste malgré tout plus chaude que l’air environnant, il faut que le gradient thermique soit supérieur à 1°C (gradient super-adiabatique). Le chaud soleil d’été, à l’intérieur des terres, permet le plus souvent de remplir cette condition.

Si en plus, l’air est humide, on a typiquement le temps chaud et lourd, où cela finit par « péter » en fin d’après-midi ou en soirée, c’est-à-dire après la durée nécessaire pour que les orages arrivent à maturité. Aux autres saisons cependant, cette condition est plus difficilement remplie.
Il existe toutefois bien d’autres facteurs déclencheurs que le facteur thermique. Le relief, par exemple, va forcer l’air à monter, même si l’instabilité est insuffisante. Mais aussi une convergence de vents, un front voire la limite d’influence d’une brise de mer.

Une fois que la bulle d’air ascendante atteint le point de saturation, le nuage se forme et l’air ne se refroidit plus que de 0,5 à 0,6°C environ par 100 mètres (adiabatique humide). En fait, la chaleur de condensation compense en partie le refroidissement adiabatique. Si la valeur de l’adiabatique sèche est stable et très légèrement inférieure à 1°C par 100 mètres (0,976°C par 100 mètres), la valeur de l’adiabatique humide (aussi appelée adiabatique saturée ou pseudo-adiabatique) dépend de la température et de la pression. Dans nos régions, cette valeur tourne souvent autour de 0,5 à 0,6°C à la base des nuages et diminue ensuite quelque peu avec l’altitude. Dans les climats tropicaux humides, cette valeur est souvent inférieure à 0,4°C. Dans les climats froids, cette valeur peut être supérieure à 0,8°C.

Chez nous, bien sûr, cette valeur varie aussi en fonction des masses d’air, mais si l’on prend une valeur entre 0,5 et 0,6°C, on est dans le bon dans un grand nombre de cas.

En d’autres termes, une instabilité conditionnelle (donc un gradient de l’air environnant compris entre l’adiabatique sèche et l’adiabatique humide) suffit pour que le nuage convectif puisse continuer à se développer. Cette instabilité conditionnelle est souvent présente en été, où les couches moyennes de l’atmosphère peuvent encore être (assez) chaudes alors que les hautes couches sont froides, surtout par basse pression en altitude. Mais un air froid surmonté d’un air très froid est également instable.

Voilà, nous avons déjà vu les deux conditions à remplir pour qu’un orage puisse se former ; il en reste une troisième : l’humidité.
S’il fait très chaud, mais aussi très sec, des bulles d’air peuvent monter jusque très haut, mais la condensation ne se fera pas et le nuage ne se formera pas. C’est vrai aussi pour les ascendances forcées (relief, ligne de convergence, …) : s’il fait trop sec, aucun nuage ne se formera. Ou alors, s’il fait un peu moins sec, mais pas encore assez humide, un nuage se formera certes, mais ne sera pas assez développé pour générer une averse, et encore moins un orage.

Pour avoir une tornade, il faut d’abord un nuage d’orage, ou tout au moins un nuage convectif fort développé. Mais il faut une condition en plus : le cisaillement du vent. On parle de cisaillement lorsque la direction et la force du vent sont très différentes en altitude par rapport au vent de surface.

Si le cisaillement est idéal, la cellule orageuse va se mettre à tourner sur elle-même (supercellule), ce qui favorise (mais n’implique pas nécessairement) la formation d’une tornade.

Les sondages atmosphériques (qu’ils soient réels ou modélisés) permettent souvent de détecter la présence de tels cisaillements et de mentionner le risque de tornade dans la prévision (notamment grâce au paramètre « hélicité »). On sait après coup, en consultant le sondage d’Uccle du 25 juin 1967 à 12h, que les conditions ont été on ne peut plus idéales pour la formation, quelques heures plus tard, de la tornade d’Oostmalle. Le vent en surface soufflait d’est, à 20 km/h. Au niveau 850 hPa (1440 m), il provenait de sud-sud-est, avec une vitesse de 28 km/h. Au niveau 700 hPa (3100 m), nous avions un vent de sud, qui soufflait à 61 km/h. Enfin au niveau 500 hPa (5740 m), on observait un vent de sud-sud-ouest à 80 km/h.

Si l’on regarde par contre le sondage de Saint-Hubert du 20 septembre 1982, réalisé peu avant la tornade de Léglise, on ne trouve aucune particularité digne d’être mentionnée. Il y a certes un cisaillement du vent, mais modeste ; rien qui justifie la formation d’une tornade. Pourtant la tornade de Léglise de 1982 était à peu près du même gabarit que celle d’Oostmalle de 1967. Et c’est là que cela devient compliqué.

Un sondage atmosphérique (même modélisé par un modèle à mailles fines) tient surtout compte des caractéristiques de la masse d’air, et pas (encore assez) des conditions locales. Or le relief, par exemple, peut créer des conditions de vent locales qui créent un important cisaillement par rapport aux vents d’altitude, alors que c’est le cas nulle part ailleurs. Plus souvent encore, ce sont d’autres orages qui créent ces conditions locales. Les courants descendants, entraînés par les précipitations, s’étalent dans tous les sens une fois qu’ils atteignent le sol et soulèvent la masse d’air environnante. Cela favorise non seulement la formation de nouveaux orages, mais aussi la possible mise en place, à une échelle très locale, de cisaillements idéaux pour la formation d’une tornade.

C’est ce qui s’est sans doute passé le 20 septembre 1982 à Léglise. C’est ce qui s’est sans doute aussi passé aussi le 17 mars 1934 sur le Hainaut et le Brabant Wallon. 


Les conditions météorologiques du 17 mars 1934

En 1934, les sondages atmosphériques étaient encore assez rudimentaires, et pas encore pratiqués avec la même régularité qu’après la guerre. En France toutefois, un ballon est monté jusqu’à 1700 mètres au-dessus de Reims le 17 mars à midi. On y a constaté un léger cisaillement des vents, avec une direction sud-sud-ouest en surface, sud-ouest entre 400 et 1200 mètres et ouest-sud-ouest au-dessus de 1200 mètres.

À Compiègne, un lâcher de ballon a également eu lieu à 12h10, mais le ballon n’est resté visible que jusqu’à 600 mètres d’altitude. Dans cette couche d’air, le vent a toujours soufflé de sud-ouest. Au-dessus d’Abbeville, le ballon qui a été lancé à 9h12 est resté visible jusqu’à 700 mètres, avec des vents de sud-ouest ou de sud-sud-ouest sur toute l’épaisseur de cette couche d’air. Enfin à Strasbourg à 9h22, sur 600 mètres d’épaisseur (200-800 m), nous avons eu un petit cisaillement sud / sud-ouest.

Source : Compte rendu quotidien (CRQ) : Entzheim (Archives du climat de Météo-France)

Pour les plus hautes couches de l’atmosphère, nous devons nous fier aux réanalyses faites de nos jours par la NOAA. Celles-ci calculent, pour le niveau 500 hPa, une altitude de 5200 mètres environ et un vent de… sud-ouest. Un important cisaillement du vent n’apparaît donc sur aucun des documents consultés. Il semble donc qu’à l’instar du 20 septembre 1982 à Léglise, le cisaillement a eu lieu à un niveau très local, et sans doute par l’interaction de différents orages.

Pour appréhender le temps qu’il a fait le 17 mars 1934, nous n’avons pas, en Belgique, de données précisant le type des nuages, mais ces informations sont disponibles pour le nord de la France, et entre autres pour la région située en amont de la naissance de la tornade.

À Compiègne ce jour-là, la nébulosité est très variable, avec de belles éclaircies mais aussi de nombreux nuages convectifs. Le matin, on observe des fractus tandis que les cumulus fort développés restent visibles au loin. Ces fractus se développent rapidement eux-même en cumulus qui atteignent tout aussi vite le stade de congestus, puis de cumulonimbus. Les averses épargnent grandement Compiègne puisqu’on ne récolte que quelques gouttes au pluviomètre. Mais d’épais cirrus, issus d’enclumes de cumulonimbus, sont bien présents dans le ciel, de même que des altocumulus et des stratocumulus cumulogenitus. On observe aussi quelques bonnes rafales convectives, jusqu’à 75 km/h.
S’il ne pleut guère le jour, cela se rattrape bien le soir, avec des pluies fortes qui durent longtemps. La température atteint 12°C en journée, mais se situe à 6-7°C sous les pluies du soir.

À Reims, située plus à l’est, nous avons encore un nimbostratus pluvieux aux petites heures du matin. Ensuite, nous avons le même type de temps qu’à Compiègne, mais avec des averses bien plus présentes. On parle d’averses répétitives de pluie et de grêle, accompagnées de fortes rafales et de ciels très menaçants. Le vent moyen, déjà, est fort en journée avec des vitesses de 35 à 50 km/h.

Un orage, qui dure assez longtemps (15h40-16h05) éclate l’après-midi, avec temporairement de la grêle. Tout cela nous indique à quel point l’air est instable. La température, pendant les éclaircies, atteint 11°C, mais descend nettement en dessous des 10°C pendant les averses.
À Strasbourg, le nimbostratus pluvieux reste en place jusqu’au milieu de la matinée. Vers 11 heures, l’altostratus se disloque peu à peu en altocumulus pendant que des cumulus se développent très rapidement. L’après-midi est très instable avec des rafales et de fortes averses, avec des cumulonimbus accompagnés de mammatus. La température atteint également 11°C dans les éclaircies.

Ceci nous permet de deviner le déplacement du front froid, suivi de cet air polaire de retour pas trop froid dans les basses couches, mais très froid en altitude avec une très forte instabilité à la clé.

De l’autre côté, à l’ouest, Abbeville est déjà loin à l’arrière du front. En matinée, l’instabilité y est encore forte, mais cela se calme l’après-midi, avec des cumulus qui s’alignent en rues avant de s’étaler en stratocumulus. Toutefois, quelques cumulus congestus persistent au milieu des stratocumulus. La température, là aussi, est de 11°C en journée, mais le vent a une petite tendance à s’orienter davantage à l’ouest.

À Bruxelles, nous n’avons pas d’observations précises de nuages, mais on parle d’une perturbation atlantique qui a traversé le pays la nuit d’avant et d’un ciel nuageux l’après-midi, avec des averses orageuses répétitives et des vents assez forts de sud-ouest. La température maximale est de 10°C. Il est à noter qu’un de ces grains est passé à Evere (Bruxelles) à 13h30, soit peu de temps après la tornade du Hainaut et du Brabant Wallon.

Cela nous indique aussi que le temps à Bruxelles – et sans doute en Belgique en général – n’est pas fort différent du temps observé sur le nord de la France.

En Allemagne, nous avons à 7 heures du matin de faibles pluies tombant d’un nimbostratus à Essen et à Cologne, et des pluies un peu plus drues sur le plateau de l’Eifel, le tout par un vent de sud. Seule Aix-la-Chapelle est déjà à l’arrière du front froid, avec un vent de sud-ouest et un nimbostratus se disloquant en stratocumulus.

À 13 heures, le vent souffle le plus souvent de sud-ouest, avec des averses sous un ciel de traîne.

On peut en conclure que le front froid, aux petites heures du matin (vers l’aube), doit se situer sur une ligne qui va de Reims à Aix-la-Chapelle, avec à l’est de celui-ci, une zone de pluie continue qui concerne encore la majeure partie de l’Ardenne belge.

Nous n’avons pas de détails précis sur les conditions météorologiques dans la zone de la tornade proprement dite. Mais nous avons de précieux témoignages :

- « Assis à Binche, le phénomène s’est produit à midi vingt au-dessus de la maison de M. Tombal, située rue de Merbes, à table pour dîner. Je portais la première cuillerée de potage à ma bouche quand je fus frappé par l’arrivée rapide d’un nuage très bas et très noir. Un coup de tonnerre retentit en même temps qu’un éclair m’aveugla. À ce moment, je venais de montrer à mes enfants que les tuiles de la maison dont nous découvrons le toit de chez nous s’éparpillaient dans le ciel. » (Gazette de Charleroi)

- [Et voici le témoignage de M. Tombal] « Je me trouvai dans la cuisine avec les membres de ma famille, auxquels je dis : "Regardez comme il fait noir". À ce moment, un éclair se produisit. Un fracas formidable se fit entendre. J’ai voulu retenir les portes qui tombaient ! Nous nous sommes alors rendus à l’étage, où plus rien ne tenait debout. Plus un verre, plus une glace n’était entière. Les murs des chambres étaient renversés sur les meubles. » (Journal de Charleroi)

- [Lieu exact non précisé] « C’est vers midi et demi à peu près que le vent commença de s'élever et que tomba une forte averse de grêle. Le ciel devint brusquement jaunâtre, puis des coups de tonnerre se succédèrent. Une énorme colonne noire apparut tout à coup aux yeux des habitants terrifiés, roulant à une allure fantastique. À mesure qu’elle avançait, des toitures entières s’élevaient dans le ciel, tournoyaient, puis retombaient dans un vacarme épouvantable. » (Le Vingtième Siècle)

- [À Carnières] « Il pouvait être midi trente-cinq. Je rentrais paisiblement chez moi. Au moment où je me trouvais à dix mètres de ce que nous appelons le fond du placard [lieu-dit "Le Placard"], le ciel s’obscurcit tout à coup avec une rapidité invraisemblable. On avait l’impression qu’il était soudain, comme qui dirait, cinq heures… allez, cinq heures et demie du soir. Je me dis : "Ça va barder !" Et en effet, je n’avais pas le temps d’y songer qu’un formidable éclair zébrait le ciel. Au même instant, je fus assourdi par une explosion déchirante. C’est alors que j’assistai à un spectacle que je n’oublierai jamais de la vie. J’étais là, comme je vous l’ai dit, à dix mètres du fond du placard. La pluie tombait à grosses gouttes. Il n’y avait pas, à l’endroit où je me trouvais – ça je vous le jure –, un souffle de vent. Mais quelques mètres plus loin, je vis les arbres de la route se courber brusquement. Un sifflement terrible d’ouragan m’emplit les oreilles. Non loin de moi, un toit décoiffa une maison, s’envola dans les airs comme un morceau de carton et disparut à mes yeux. » (La Nation Belge)

- [Depuis la courbe ferroviaire de Carnières, peu avant 13h] « Ce témoin se pencha à la fenêtre du compartiment et […] il put remarquer dans la direction du Nord un nuage très bas, très noir, qui avançait lentement, en traînant en dessous de lui une masse fuligineuse, que l’ami [le témoin] crut un moment être des fumées industrielles, roulant leurs volutes à ras du sol. Sans doute était-ce la tornade. » (Gazette de Charleroi)

- « Partout, le terrible tourbillon s’est produit de la même manière. Et il a même été observé dans le bassin de Charleroi. Soudain, le ciel s’est couvert de nuages bas menaçants et lourds. Une grêle de grains épais a commencé, tandis que le tonnerre a sonné comme si des milliers de wagons déferlaient dans les rues. Un crépitement épouvantable emplit les oreilles de la population dévastée, et de tous côté on entendit le bruit des masses tombantes. Moins de quarante-cinq secondes plus tard, la violence ahurissante avait cédé la place à un singulier silence à couper le souffle. » (Voruit, traduit du néerlandais par les soins de Belgorage)

- « Un violent ouragan, accompagné de grêle, s’est abattu samedi, vers midi [sans doute plutôt une heure], sur le Brabant Wallon. Les grêlons, qui avaient la grosseur d’œufs de pigeon, sont tombés en certains endroits avec une telle abondance qu’ils couvraient le sol d’une couche de plusieurs centimètres. » (Le Soir)

Les conditions météo les plus probables dans la région de la tornade : de la pluie la nuit avec une température de 6°C environ. Au lever du jour, les éclaircies sont déjà présentes, avec des fractus se développant rapidement en cumulus. En journée, le temps est très instable avec une alternance de belles éclaircies et de passages nuageux, avec cumulus et cumulonimbus, accompagnés de statocumulus et d’altocumulus cumulogenitus, ainsi que des cirrus spissatus (voire altostratus) cumulonimbogenitus. Les températures, dans les éclaircies, atteignent une dizaine de degré. Au soleil, il fait particulièrement agréable. Sous les averses, les températures retombent à 6°C environ, voire parfois moins.

Ces averses, qui sont de pluie, de grésil et de grêle, sont fréquentes et accompagnées de coups de vents marqués. À la mi-journée, l’une de ces averses prend un caractère particulièrement violent, avec des nuages bas et déchiquetés d’un noir d’encre, parfois aussi mêlés de jaune.

C’est ce nuage (cumulonimbus supercellulaire) qui produira la tornade. 


La tornade, sa trajectoire et les dégâts qu’elle a occasionnés

La tornade, d’une intensité F3, parcourt une distance d’au moins 51 kilomètres, dans un sens sud-ouest – nord-est, et endommage selon les estimations plus d’un millier d’habitations. Elle naît quelque part près du village de Rouveroy, en province du Hainaut près de la frontière française, et se dissipe dans le Brabant Wallon, après avoir encore frappé Corbais.

Carte : topographic-map.com ; trajet de la tornade reconstitué par les soins de Belgorage

Attention ! Dans ce qui suit, les heures indiquées sont celles de l’époque. En 1934, l’heure d’hiver correspondait à l’heure GMT et l’heure d’été (débutant le 8 avril en 1934), à GMT+1. De nos jours, l’heure d’hiver correspond à GMT+1 et l’heure d’été, à GMT+2.

Rouveroy, peu après midi : la tornade vient de se former. Les cimes des arbres sont déjà brisées et des meules de foin, renversées.

Fauroeulx : la tornade, à présent pleinement formée, cause de grands ravages sur une largeur de 50 mètres. Des toitures sont emportées et projetées deux à trois cents mètres plus loin, des murs d’habitation sont abattus et des arbres, même centenaires, sont déracinés.

Binche, 12h40 : la tornade ravage tout sur une largeur de cent mètres. La rue de Hurtebise est la première atteinte, puis c’est la rue de Merbes, où les vitres se font exploser et les toitures se font arracher, quand ce n’est pas l’habitation elle-même qui s’effondre en partie. Ensuite c’est au tour de la gare : deux statues abattues, la toiture endommagée et trois wagons d’un train de marchandises qui sont carrément renversés. Dans le centre-ville, ce sont encore des dizaines de maisons qui sont fortement atteintes, certaines menaçant même de s’effondrer.
Morlanwelz et Carnières : la tornade, à un certain moment, se met à suivre la chaussée de Brunehaut, qui marque la limite entre Morlanwelz et Carnières. 75 maisons y sont endommagées, dont 50 gravement. Les toitures sont emportées en tout ou en partie, les fenêtres et les portes sont défoncées, les jardins dévastés, les fils électriques arrachés. Des hangars et des annexes sont détruits et certaines maisons ont même vu leur façade en partie écroulée.

Chaussée de Brunehaut. Source : Journal de Charleroi du 18 mars
Via le site de Belgorage

« Nous roulons rue Laurent [rue donnant sur la chaussée de Brunehault, actuellement dénommée "rue Saint-Sang"], sur un pavé où des briques, littéralement pillées, plaques de taches sanglantes sur la route. Des poteaux électriques sont effondrés sur les trottoirs. Les uns, en bois, ont été coupés net à 1 m. 50 du sol, les autres, en fonte, sont tordus et se sont rompus à ras du sol. À droite et à gauche, dans le petit jour sale qui se lève sous une pluie battante, les maisons offrent un aspect lamentable. Ce ne sont que vitres pulvérisées, portes arrachées, toitures effondrées sur la route ou dans les jardinets des habitations, débris de toutes sortes jonchant le pavé : vaisselle en miettes, pieds de tables, panneaux de lits, matelas éventrés, potences reliées par des fils électriques, naguère rivées sur les maisons, maintenant pendant contre les murs ou écrasées sur les trottoirs. »

La Nation Belge du 19 mars 1934 (documentation compilée par Belgorage)
Chapelle-lez-Herlaimont, 12h45 : après avoir dévasté Carnières, la tornade arrive sur le territoire de Chapelle-lez-Herlaimont et touche d’abord le quartier industriel de Bascoup. Une toiture, qui fait 50 mètres de long et 25 mètres de large, est arrachée d’un bloc et projetée une cinquantaine de mètres plus loin. Ensuite, le tourbillon arrive dans le quartier « Blanc Pot » (aujourd’hui « La Douaire ») en y apportant à son tour son lot de destructions.

Gouy-Lez-Piéton : « On dirait que le village a été détruit par un tremblement de terre ou un terrible bombardement. Pas un arbre, par un poteau électrique n’est encore débout. Les murs de centaines de maisons sont abîmés et les gens recherchent leurs meubles détruits, propulsés à l’extérieur. » (Vooruit, traduit du néerlandais par les soins de Belgorage)
Frasnes-lez-Gosselies : plus de 25 maisons sont fortement endommagées. La gare aussi subit des dégâts. Au café Hazart, les cheminées s’effondrent et les vitres explosent.

Sart-Dames-Avelines, 13h10 : la tornade, à présent, quitte le Hainaut et pénètre le Brabant Wallon. À Sart-Dames-Avelines, les dégâts sont très importants aussi : plusieurs toitures sont arrachées, l’étage d’une maison est démoli par l’effondrement des cloisons extérieures et de nombreuses vitres sont explosées.

Villers-la-Ville : l’Abbaye est épargnée et ne tombe pas plus en ruine qu’elle ne le fait déjà. Mais dans le hameau de Ri-Pireau, les habitations sont fortement endommagées. Bon nombre de toitures sont arrachées et des arbres sont déracinés.

Mont-Saint-Guibert : la tornade s’essouffle enfin, mais engendre encore des dégâts à quelques habitations isolées.
Corbais, 13h20 : fin de parcours de la tornade. Mais quelques toitures sont encore arrachées.

Ce qui précède n’est qu’un résumé des dégâts engendrés par la tornade et est loin d’être exhaustif. Par chance – pour autant qu’on puisse parler de chance dans ces cas-là –, il n’y a qu’une trentaine de blessés. Personne ne perdra la vie au cours de cet épisode.

Au vu de l’ampleur des dégâts, cette tornade appartient aux puissantes et aux plus dévastatrices que notre pays n’ait jamais connues. Les autres très fortes tornades sont les suivantes :

23 août 1865 : trois puissantes tornades du côté de Ciney, Durbuy et Theux

10 août 1895 : le « cyclone » de Rixensart

2 septembre 1902 : la très puissante tornade de Kortemark

17 juin 1904 : la très puissante tornade de Virton

1er juin 1927 : très violentes tornades à Boom, Franc-Warêt et Baelen. Mais c’est la tornade, pourtant moins puissante, de Laeken (Bruxelles) qui est la plus médiatisée.

25 juin 1967 : tornade à Dikkebus et, surtout, tornade dévastatrice à Oostmalle

20 septembre 1982 : la tornade de Léglise

14 août 1999 : tornades sur le Hainaut, dont l’une particulièrement dévastatrice à Tournai

Il est intéressant de noter que les grandes tornades dévastatrices – à l’instar des tornades étudiées entre 2006 et 2025 – se sont produites souvent par un temps perturbé et pas spécialement chaud. Seule la tornade de Virton, et dans une moindre mesure, celles de Rixensart et d’Oostmalle, se sont développées sous des conditions très estivales, chaudes et humides. Ci-dessous, un bref résumé des conditions météorologiques lors du passage de chacune de ces tornades.

Le 23 août 1865, on observe quelques éclaircies le matin, puis un voile d’altostratus, duquel tombent quelques précipitations. L’après-midi, l’altostratus se double de stratocumulus et de fractus, avec une tendance à nimbostratus. Les pluies sont irrégulières ; des cumulonimbus enclavés se mêlent à la masse nuageuse. Vers 15h00, le tonnerre se met à gronder, avec orages souvent violents de 15h30 à 17h00 ; ce sont les conditions météorologiques de la survenue de la tornade. Ensuite à 18h00, des éclaircies réapparaissent, mais de nombreux fractus courent encore dans le ciel. La température peine à atteindre 20°C en début d’après-midi, même en plaine, et redescendent aussitôt sous la pluie, jusqu’à 16-17°C sous les averses les plus fortes.

Le 10 août 1895, au cœur d’une période estivale fraîche, la température monte un peu plus haut ce jour-là pour atteindre quelques 24°C du côté de Bruxelles. Avec l’humidité ambiante, cela suffit cependant pour donner une impression de temps lourd. Le ciel est voilé, avec cirrus évoluant par moments en cirrostratus et altostratus, le tout accompagné de bancs d’altocumulus. En dessous, des cumulus se forment, qui s’étalent rapidement en stratocumulus. Seules quelques cheminées convectives parviennent à se développer un peu plus, mais rien de bien méchant. En soirée pourtant, c’est l’apocalypse orageuse dans presque tout le pays, avec à la clé, la tornade Rixensart.
Le 2 septembre 1902, le temps sur nos régions est influencé par des courants maritimes doux, mais sans températures excessives, avec près de 23°C. Pourtant en fin d’après-midi, sous de formidables coups de tonnerre, une tornade de grande violence dévaste le village de Kortemark.

Le 17 juin 1904 est la seule tornade qui est précédée par la classique chaleur moite et insupportable qui annonce habituellement les grands orages. En Gaume, le thermomètre monte jusqu’à 29°C environ. Puis tout pète dès l’après-midi, mais surtout le soir. Dans le sud-est du pays, on observe de fortes précipitations, souvent accompagnées de grêle, notamment à Arlon (35 mm) et à Libramont (41 mm). La grêle, par ailleurs, fait des dégâts dans d’autres régions aussi, comme au Hainaut, du côté de Dinant et aussi du côté de Florennes, où l’on parle de grêlons gros comme des œufs de poule. À Virton, plusieurs vagues orageuses se succèdent en fin d’après-midi et en soirée, dont celle de fin de soirée provoque la tornade. D’après un témoignage, il aurait continué à faire chaud le soir malgré les orages, jusqu’au passage de celui ayant provoqué la tornade.

Le 1er juin 1927, le temps est couvert et frais, avec une vingtaine de degrés et à peine quelques rayons de soleil perçant par moments la couverture nuageuse. L’air est particulièrement humide et, d’après les témoignages, il fait lourd malgré la température très modeste. Puis en tout début d’après-midi, de violents orages éclatent avec au moins 4 tornades sur le pays.

Le 17 mars 1934 : comme nous venons de le décrire dans le présent document.

Le 25 juin 1967, la température maximale atteint quelques 24-25°C dans les régions affectées par les deux tornades. Le temps nuageux, brumeux et très humide du matin donne même une désagréable sensation de froid. Mais quelques éclaircies en matinée font remonter la température de plusieurs degrés. Pour le ressenti cependant, on passe sans transition de la fraîcheur à une chaleur moite. Les orages arrivent dès l’après-midi, avec les tornades de Dikkebus et d’Oostmalle.

Le 20 septembre 1982 : le temps a été chaud au cours des jours précédents, du 15 au 19 septembre, avec des températures plutôt élevées pour une mi-septembre. Mais pas le 20 septembre ! En plaine, il fait 22 à 23°C au meilleur des cas, sous un ciel voilé de cirrostratus et d’altostratus, auxquels se mêlent des bancs d’altocumulus. Du côté de Léglise, il ne fait sans doute guère plus de 20°C, pourtant le village se retrouve dévasté, en début de soirée, par une tornade de grande puissance.

Le 14 août 1999 est une journée d’été fraîche et particulièrement maussade. Dans la région des tornades, la température n’atteint même pas les 20°C, sous un ciel couvert distillant de fines pluies, et sous un vent humide très désagréable. Pourtant le soir, il se met à tonner, et voilà déjà la tornade qui provoque de gros dégâts à Tournai…

À cela, il convient encore d’ajouter que dans deux cas, même si la chaleur était absente des lieux de la tornade, elle n’était pas très loin. En 1927 et en 1967, le temps était caniculaire sur l’Allemagne, et parfois aussi sur la bordure sud et est de la Belgique.

Il n’en est pas moins que les tornades, de grande puissance ou non, semblent plutôt se manifester par conditions de temps perturbé. S’il est vrai que les orages sont plus fréquents par temps estival chaud et humide, pour les tornades, ce sont les multiples discontinuités présentes dans les courants d’ouest qui leur sont – en moyenne tout au moins – plus favorables.


Conclusion

Nous avons analysé une tornade en particulier, et nous avons fait un tour d’horizon des conditions météorologiques permettant le développement de tornades. Mais qu’en est-il de leur évolution dans le temps, dans notre contexte de réchauffement climatique ?

Malheureusement, nous ne savons rien de l’impact des changements climatiques sur les tornades. Comme déjà évoqué en début de texte, nous ne disposons d’une liste (presque) complète de ces phénomènes que pour les vingt dernières années, c’est-à-dire une période où le réchauffement climatique était déjà à un stade fort avancé.

Peut-être nous en saurons plus à l’avenir. On pourrait s’imaginer, par exemple, qu’une liste des tornades de 2026 à 2045 puisse être comparée à celle de 2006 à 2025. En fonction de l’évolution qui sera constatée alors, et confrontée à la situation du réchauffement climatique qu’il y aura alors, il deviendra peut-être possible d’extrapoler aussi la situation qu’il y a eu avant le réchauffement climatique. Mais pour le moment, nous n’avons pas assez de recul pour pouvoir le faire.

Pour étudier le passé, nous n’avons que les tornades les plus puissantes, qui au vu des dévastations engendrées, étaient déjà toutes médiatisées même au 19e siècle. Mais comme nous avons pu le constater aux dates, la survenue de ces phénomènes hyper-violents est très aléatoire, ce qui rend impossible, là aussi, de se prononcer sur une tendance. 


Sources

 - Institut Royal Météorologique, différents documents consultés
- Wetterzentrale, différents documents consultés
- Met Office, « Daily Weather Reports », 1934
- KBR BelgicaPress, « BelgicaPress »
- Comptes rendus quotidiens (CRQ), Archives du climat de Météo-France
- Infoclimat – différentes cartes et données
- Meteociel – différentes cartes et données
- Kachelmann Wetter – différentes cartes et données

Remerciements
L'auteur tient à remercier spécialement toute l’équipe de Belgorage, qui a largement contribué à la réalisation du présent dossier.

Villes populaires

Prévisions météo les plus consultées

1662 visiteurs en ligne

A propos

Créé en 2001 par plusieurs passionnés de météorologie, MeteoBelgique n'a cessé de grandir et est rapidement devenu le site de référence en Belgique francophone fort de 20 années d'expérience dans les domaines des prévisions météorologiques, du réseau en temps réel et des analyses climatologiques.

Nous suivre

FacebookTwitter