Vigilance météo
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Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : octobre 1975, la plus humide des sécheresses

Préambule

Dans le cadre de notre rubrique « Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », nous allons réanalyser en détail des épisodes météorologiques ni très anciens, ni très récents, qui concernent une période qui va de 1950 à 2000. Comme pour les séries précédentes, nous essayons d'expliquer en détail les causes et conséquences de ces épisodes, à raison d'une analyse par mois. Sixième volet de la série : octobre 1975, la plus humide des sécheresses.

À noter que toutes les valeurs – surtout celles, plus anciennes, utilisées à des fins de comparaison – sont homogénéisées et donc comparables entre elles et comparables aux observations d’aujourd’hui.


Résumé introductif

Octobre 1975 : la plus humide des sécheresses ? Avec seulement 5,2 mm de précipitations à Uccle, ce mois reste l’octobre le plus sec observé depuis 1833. Pourtant, à l’époque, presque personne ne s’en aperçoit : ciel gris, brouillards, humidité persistante, bruines et petites pluies donnent au contraire l’impression d’un automne particulièrement humide et maussade.

Le mois réserve d’autres surprises, avec un froid remarquablement précoce et de la neige sur les Hautes-Fagnes dès le 11 octobre, avant un spectaculaire retour de la douceur en toute fin de mois.

Mais derrière ce curieux paradoxe météorologique se cache une question plus importante : cet octobre exceptionnellement sec annonce-t-il déjà la grande sécheresse de 1976 ? L’étude des précipitations des mois suivants apporte une réponse beaucoup plus nuancée et montre surtout qu’une sécheresse est un phénomène bien plus complexe qu’un simple manque de pluie.


Introduction

Octobre 1975, avec seulement 5,2 mm de précipitations mensuelles à Uccle, est resté dans les annales climatologiques comme le mois d’octobre le plus sec de toute la série d’observations, de 1833 à maintenant. De grandes parties du centre et de l’est de la Belgique, ainsi que le sud-est des Pays-Bas, ont connu des précipitations extrêmement faibles. En idéalisant un peu, on peut même parler d’un véritable « triangle de la sécheresse », dont l’un des côtés allait de Termonde à Ciney en passant par Waterloo et Sambreville, un autre côté allait de Ciney à Roermond (NL) en passant par Modave et Liège, et enfin le dernier côté revenait de Roermond à Termonde en passant par Lommel et Lierre.

À l’intérieur de ce triangle approximatif, toutes les cotes mensuelles ont été inférieures à 10 mm. Quelques totaux extrêmement bas ont été par ailleurs relevés à Aarschot (2,7 mm), à Beauvechain (2,9 mm), à Landen (3,2 mm), à Andenne (3,9 mm), à Brustem (4,2 mm), à Tirlemont (4,3 mm) et à Mornimont (4,9 mm).

Chiffres des précipitations mensuelles d’octobre 1975 – Cartes : Google Maps et d-maps

Et pourtant… Presque personne, à l’époque, n’a remarqué cette sécheresse. Bien souvent, le temps était gris, avec un air humide et parfois même un petit crachin bien désagréable. C’est juste que ce crachin ne donnait rien, ou presque rien au pluviomètre.

Certains auteurs disent même que cette sécheresse d’octobre 1975 a en fait marqué le vrai début de la grande sécheresse de 1976. Nous allons voir plus loin qu’en Belgique, c’était à la fois vrai et pas vrai.


Analyse détaillée d’octobre 1975

1er et 2 octobre 1975 : le vent souffle du sud, mais il est turbulent et froid pour le ressenti, malgré les 16 à 18°C mesurés en après-midi. Il faut dire, cependant, que la température a perdu quelque cinq degrés par rapport aux derniers jours de septembre, ce qui renforce l’impression automnale. Le temps est nuageux à beau, mais se couvre de stratocumulus l’après-midi du 2, avec une petite pluie déplaisante.

3 octobre 1975 : le passage d’un secteur chaud, la nuit, fait temporairement monter la température, jusqu’à 18°C localement à 2 heures du matin. Il fait très humide toutefois, avec par moments un peu de pluie ou de bruine. Ensuite passe le front froid, et la température rebaisse.

Le temps devient vraiment inconfortable et froid pour la saison, avec des maxima qui souvent ne dépassent pas les 13 à 14°C en plaine.
Une dépression petite mais virulente a traversé les Îles Britanniques pour venir se loger sur la Mer du Nord en matinée avant de poursuivre sa route vers le Danemark.


3 octobre 1975 à 7h – Source : Met Office

Le vent d’ouest souffle fort et atteint même le seuil de tempête au littoral, avec à Ostende une moyenne de 67 km/h et des pointes jusqu’à 97 km/h. Le ciel reste très nuageux à couvert avec un mix de stratocumulus et de nuages convectifs qui donnent de petites averses qui ne remplissent guère les pluviomètres, mais qui donnent une parfaite impression de mauvais temps. En après-midi, le plafond nuageux s’abaisse encore, avec formation de stratus (fractus) accompagnés de bruine. Cette bruine, cependant, ne remplira pas davantage les pluviomètres que les petites averses.

4 au 9 octobre 1975 : l’influence anticyclonique, peu à peu, devient prépondérante sur nos régions, mais il s’agit d’un anticyclone maritime qui se place mal et qui nous envoie, avec des vents d’ouest à sud-ouest et plus tard de nord-ouest, de l’air humide qui devient graduellement aussi plus frais. Il s’ensuit que le ciel est souvent nuageux, avec un ensoleillement plutôt maigre. Et presque tous les jours, il pleuvine au moins quelque part en Belgique.

Image générée par ChatGPT d’après un dessin de Robert Vilmos

10 octobre 1975 : le soleil se montre un peu plus, mais il fait de plus en plus froid. Un anticyclone au nord de l’Écosse tend à se développer vers la Scandinavie. Le vent, chez nous, bascule au nord-est en devenant par moments pénétrant. Mais d’abord, il y a du brouillard le matin qui, avec la turbulence grandissante, se transforme rapidement en stratus, puis en stratocumulus se déchirant en cumulus. Ceux-ci, ensuite, se développent parfois fort, avec ici et là de petits cumulonimbus. Et une fois encore, on observe parfois de petites averses.

11 octobre 1975 : les Hautes-Fagnes sont toutes blanches ! C’est l’un des enneigements les plus précoces jamais observés en Belgique. Et l’on voit aussi des flocons du côté de Saint-Hubert et même de Florennes, mais là, la neige ne tient pas.

Après une nuit où il a bien gelé sur l’est du pays (jusqu’à –3,4°C à Mont-Rigi), le temps devient assez beau, voire beau en toutes régions, avec des cumulus fractus qui évoluent en cumulus humilis et mediocris, et des cirrus sur le sud du pays. Au littoral, on observe aussi pas mal de stratocumulus.

Avec un vent qui reste orienté au nord-est, l’air est très froid pour la saison, mais devient enfin plus sec. Les maxima ne dépassent guère 8 à 9°C en plaine (10°C au littoral) et 5°C sur les hauteurs.

12 octobre 1975 : on atteint à présent 2 cm de neige à Botrange. Un beau temps précocement hivernal règne sur tout le pays, avec dans le ciel quelques cirrus et des cumulus fractus évoluant en cumulus humilis avant de se disperser. Au littoral, les cumulus sont plus développés et atteignent le stade de congestus voire de petit cumulonimbus. Le vent souffle toujours de nord-est et les maxima, grâce au soleil, grignotent 1 à 2°C pour atteindre 9 à 11°C en plaine et 7°C sur les hauteurs.

En fin de journée, des altostratus apparaissent au sud du pays et, quelques heures plus tard, il se remet à neiger sur les hauteurs.

13 octobre 1975 : la nuit, on observe des flocons de neige dès 300 mètres d’altitude et les Hautes-Fagnes sont blanches pour le troisième jour consécutif. En outre sur le Mont de Vaals (Vaalserberg), à 324 mètres d’altitude à la frontière entre la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas, une couche de plusieurs centimètres parvient même à se former à la faveur de fortes chutes de neige par isothermie.

Ailleurs dans le pays, il s’agit à nouveau d’une petite pluie ou bruine très désagréable, accompagnée de brume, qui se propage jusqu’aux provinces de Limbourg, d’Anvers, de Brabant et de Hainaut. Ces précipitations perdurent parfois jusqu’à la mi-journée, voire plus tard sur les reliefs. Et là où il ne tombe rien, le ciel reste désespérément gris avec stratus (fractus) évoluant (partiellement) en stratocumulus.

Les températures maximales sont particulièrement basses pour la saison, avec des valeurs le plus souvent comprises entre 5 et 6°C en plaine et autour de 2°C sur les hauteurs.

14 au 16 octobre 1975 : les températures remontent, la météo s’améliore mais sans qu’on puisse parler de grand beau temps. Il y a des éclaircies, mais le pays n’est pas encore tout à fait débarrassé des petites pluies.
Jusque-là, les précipitations ont été certes assez fréquentes sur le pays, mais souvent faibles.

Image générée par ChatGPT d’après un dessin de Robert Vilmos

17 octobre 1975 : une vaste dépression, dont le noyau se trouve sur l’Italie, couvre une grande partie de l’Europe occidentale, centrale et méridionale. Une cassure dans les isobares, sur son flanc nord-ouest, est responsable d’une importante convergence des vents sur nos régions. Sur les Pays-Bas et le nord-est de notre pays, les vents soufflent de nord à nord-est, alors qu’ils soufflent de nord-ouest près de la frontière franco-belge. Cette convergence s’avance très lentement sur notre pays en direction du nord-est avant de devenir stationnaire.

Dans l’air très humide, une importante zone de précipitations s’est formée et arrose toute la façade ouest et sud-ouest de notre pays. Ces pluies, qui tombent principalement durant la deuxième partie de la nuit, c’est-à-dire aux petites heures du 17 octobre, empêchent à elles seules les records de sécheresse d’être battus dans cette partie de notre pays. C’est ainsi qu’on relève 18,2 mm à Beitem et 17,2 mm à Chièvres. Juste au-delà de nos frontières, les quantités sont souvent similaires, avec 18,2 mm à Roubaix et 17,0 mm à Maubeuge. Localement, il tombe plus. À Anor, localité française qui touche la frontière belge du côté de Momignies, on relève 26,4 mm.

Ces précipitations ne pénètrent pas très à l’intérieur du territoire belge. À Eeklo, il ne tombe plus que 3,3 mm d’eau, et 2,0 mm à Uccle, et 0,8 mm à Virton. Bien des régions belges restent même complètement au sec. Enfin, en termes de précipitations, car l’humidité relative est partout très élevée, avec de la brume voire du brouillard sous un stratus qui se transforme ensuite en stratocumulus. Quelques éclaircies parviennent cependant à rompre cette grisaille, avec des températures maximales de saison, de l’ordre de 13 à 15°C en plaine et de 8 à 9°C sur les hauteurs.

18 au 21 octobre 1975 : il s’agit d’une période brumeuse et fort grise, mais presque sans précipitations. De temps en temps, une zone de pluie déborde un peu sur la Belgique, surtout sur le sud et l’est du pays, et occasionnellement aussi ailleurs, et donne quelques faibles précipitations souvent sous forme de bruine. À Saint-Hubert par exemple, on mesure 0,9 mm le 18, 0,1 mm le 20 et 0,2 mm le 21. Uccle ne reçoit que 0,1 mm le 18. Et pourtant, l’humidité relative reste presque constamment très élevée.

Stratus et stratocumulus prédominent dans le ciel, avec parfois quelques vagues cumulus dans les rares éclaircies. Les températures maximales, trop basses pour la saison, oscillent durant ces quatre jours entre 10 et 11°C au centre du pays et entre 5 et 6°C sur les Hautes-Fagnes. Sur l’ouest et le nord de la Belgique, on observe ponctuellement jusqu’à 13°C.

22 au 26 octobre 1975 : malgré quelques fortes disparités, le temps est en moyenne beau pendant cette période. Notre pays tombe en effet sous l’influence d’un anticyclone continental dont le noyau, en début de période, se trouve sur le nord-ouest de l’Union Soviétique et qui se déplace ensuite, lentement, vers la Tchécoslovaquie. Une puissante inversion thermique se forme.

Le 22, l’inversion est encore suffisamment haute pour que des cumulus puissent former en dessous, dans un ciel autrement peu nuageux, garni de cirrus. Avec des maxima de 11 à 14°C, l’air est plutôt vivifiant, mais le soleil d’octobre est encore assez fort pour réchauffer le visage lorsqu’on regarde dans sa direction.

Le 23, l’inversion se situe à quelque 800 mètres d’altitude et plus aucun cumulus ne se forme. Le ciel est juste légèrement voilé avec des cirrus et, parfois, des cirrostratus. On note aussi quelques altocumulus. La température monte un peu, avec jusqu’à 15°C au centre du pays. L’inversion est encore trop haute pour que l’Ardenne et les Hautes-Fagnes puissent en bénéficier. Les maxima, là, atteignent 11 à 12°C.

Le 24 est une magnifique journée. L’inversion, en ce jour, se situe vers les 1000 mètres d’altitude, mais elle est partiellement résorbée l’après-midi grâce au soleil. À Kleine Brogel, le thermomètre monte jusqu’à 17,6°C, pendant que Bierset affiche 17,2°C. Le temps est on ne peut plus agréable, avec un peu de brume sèche et quelques cirrus et cirrocumulus. Au littoral cependant, on note du brouillard et des stratus.

Le 25, sous une inversion très coriace, les brouillards et les stratus sont plus répandus et concernent tout le pays. Par endroits, il fait fort froid avec des maxima de 7,0°C à Kleine Brogel, 7,6°C à Virton, 8,0°C à Bierset et 8,4°C à Beauvechain. C’est en Haute Belgique que les éclaircies sont les meilleures et les températures y sont aussi un peu plus élevées, avec 10,2°C à Mont-Rigi et 12,4°C à Saint-Hubert. Mais sur l’ouest du pays aussi, il fait de 12 à 13°C.

Le 26, nous sommes en plein régime d’inversion. Le maximum de Kleine Brogel ne dépasse pas 6,5°C ; il est de 9,5°C à Bierset et de 18,0°C à Mont-Rigi. Sur les hauteurs, le temps est beau avec des cirrus, ailleurs on observe par contre du brouillard et des stratus, qui parviennent cependant souvent, mais pas toujours, à se dissiper. Il en résulte d’assez grandes différences de température, avec des maxima compris entre 6 et 13°C en Basse et Moyenne Belgique.

27 au 28 octobre 1975 : il fait froid partout, maintenant, en Basse et Moyenne Belgique ! Sous une chape de stratus, les maxima du 27 ne dépassent pas 4,7°C à Virton, 4,8°C à Dourbes et 5,5°C à Beauvechain. Le 28, on ne monte pas plus haut que 4,1°C à Anvers-Deurne, 4,5°C à Kleine Brogel, 4,7°C à Beauvechain et 4,9°C à Uccle. Il s’agit de maxima très bas pour un mois d’octobre.

Aucune goutte ne tombe de ces stratus, mais l’air est à nouveau particulièrement humide. Quelle drôle de sécheresse !

Une très forte inversion campe vers les 800 mètres d’altitude le 27, et vers 600-700 mètres le 28. Au-dessus de De Bilt (NL) le 27, la température en air libre passe de 0°C à 611 mètres à 14°C à 811 mètres. L’altitude de l’inversion permet sa résorption partielle à Mont-Rigi, avec des maxima de 13,6°C le 27 et de 10,2°C le 28. Saint-Hubert n’est pas assez haut et se trouve dans le froid, avec des maxima de respectivement 4,2 et 6,8°C.

29 au 31 octobre 1975 : le matin du 29 est glacial en de nombreux endroits. On enregistre –0,2°C à Beitem (Roulers), –2,4°C à Dourbes et –2,5°C à Chièvres. En Famenne, le mercure plonge jusqu’à –5°C ! Mais le soleil revient sur tout le pays, accompagné les trois jours de cirrus et d’altocumulus, et les températures en journée se refont souvent douces.

L’inversion est désormais très basse, autour des 300-400 mètres d’altitude, et elle se résorbe parfois en journée. Le 29, la température monte jusqu’à 18,1°C à Bierset ; le 30, on observe 19,5°C, à nouveau à Bierset ; le 31, le thermomètre affiche 20,1°C à Beauvechain. Pour l’époque, ce sont des températures très élevées à pareille saison.

Photo : Robert Vilmos

La nuit suivante, il se remet à pleuvoir par endroit en Belgique, mais le plus souvent très peu, encore une fois.

Voilà qui achève ce curieux mois d’octobre. Grâce à ces quelques journées plus ensoleillées et plus sèches, l’insolation et l’humidité relative finissent par être assez proches des normales saisonnières. Mais cela reste malgré tout un paradoxe : un mois avec aussi peu de précipitations aurait dû connaître un temps beaucoup plus beau. C’est bien pour cette raison que la sécheresse d’octobre 1975, pour le commun des mortels, est passée complètement inaperçue.


Étude pluviométrique

Comme nous l’avons déjà évoqué en début d’article, ce grand déficit de précipitations marque, selon certains, déjà le début de la grande sécheresse de 1976. Si l’on regarde les pourcentages par région, il n’est tombé en octobre 1975 que 8 % des précipitations normales sur la Hesbaye, et 12 % des précipitations normales sur le Brabant et sur le Pays de Herve. Seuls le littoral et le Tournaisis ont connu une situation un peu moins déficitaire, avec respectivement 39 et 38 % des précipitations normales.

Est-ce vraiment le début de la sécheresse de 1976 ? Jetons d’abord un coup d’œil au tableau ci-dessous.

Explications du tableau :
Le premier chiffre reprend les précipitations de 1975/1976 (en mm, arrondis à l’unité)
Le chiffre entre parenthèses reprend les normales pluviométriques de l’époque (1901-1975)
La dernière colonne reprend les totaux des cinq mois. 

La première chose qui saute aux yeux, c’est que le mois de novembre qui suit est particulièrement pluvieux sur tout le pays. Presque partout, les cotes mensuelles dépassent les 100 mm et, sur l’ouest du pays, on peut même parler d’un mois de novembre particulièrement pluvieux, très au-dessus des normes saisonnières.

Dans une bien moindre mesure, le mois de janvier 1976 est pluvieux aussi, mais uniquement sur l’est du pays, plus particulièrement sur la région autour des Hautes-Fagnes. Ailleurs, le mois de janvier 1976 est plutôt déficitaire en termes de précipitations, comme le sont sur tout le pays les mois de décembre 1975 et février 1976.

Si l’on regarde les totaux de la « mauvaise saison » 1975/1976, on reste en dessous des normes de précipitations pratiquement partout dans le pays, et ce, malgré les épisodes pluvieux de novembre 1975 et janvier 1976. Seul l’ouest du pays, et encore très localement, a connu un excès pluviométrique.

En ce sens, il n’est pas complètement faux de placer le début de la sécheresse de 1976 déjà en octobre 1975. Même si le déficit hivernal n’est pas exceptionnel, cette alimentation médiocre en eau des nappes phréatiques a lourdement accentué les effets de la sécheresse de 1976.

Cependant, la discussion reste ouverte en raison du novembre très pluvieux qui a suivi cet octobre sec. Si l’on additionne ces deux mois, et l’on compare le résultat aux normes saisonnières, on arrive à de grandes disparités régionales. Sur l’ouest du pays, la réunion d’octobre et de novembre donne généralement des précipitations excédentaires, voire très excédentaires. Il ne pourrait donc pas être question de faire commencer la sécheresse de 1976 en octobre 1975 dans cette partie du pays.

Au Limbourg, dans une partie de la Province de Liège et dans une partie du Brabant (surtout dans l’actuel Brabant Flamand), les cotes de novembre sont inférieures à 100 mm et la réunion des mois d’octobre et novembre donne un déficit pluviométrique parfois important. Par exemple Bierset ne récolte que 83 mm au lieu de 141 mm et Overijse ne récolte que 88 mm au lieu de 149 mm. Assez paradoxalement, la pluviosité de Bruxelles, pourtant située non loin d’Overijse, est très proche de la normale (novembre compensant parfaitement octobre).

Une pluviosité proche de la normale, sur les deux mois, se retrouve d’ailleurs dans pas mal de régions en Belgique. Il serait donc délicat d’affirmer, au niveau de la Belgique, que la sécheresse de 1976 a déjà commencé au mois d’octobre de l’année d’avant.

Si l’on regarde par contre la pluviosité hivernale (décembre 1975 – janvier 1976 – février 1976), le déficit est généralisé. Ce déficit est notamment très marqué en Flandre Occidentale et au Hainaut, mais souvent aussi ailleurs.

Quelques chiffres :

  • Kain (Tournai) 91 mm (normale : 178 mm)
  • Deinze 93 mm (normale : 168 mm)
  • Overijse 97 mm (normale : 197 mm)
  • Bierset 99 mm (normale : 193 mm)
  • Florennes 111 mm (normale : 230 mm)

Comme on peut le voir, certaines stations ont reçu moins de la moitié des précipitations normales en hiver. Si l’on se place au niveau de la Belgique, on peut donc raisonnablement affirmer que la grande sécheresse a duré de décembre 1975 à août 1976. Le mois d’octobre 1975, en dépit de son grand déficit pluviométrique, n’en fait pas partie.


Conclusion

Une sécheresse, en fait, ne se limite pas au seul déficit pluviométrique. Une autre sécheresse, pourtant bien plus longue, a également fait peu parler d’elle : celle de 1995-1996. Entre le mois d’août 1995 et le mois de juillet 1996, il n’est tombé à Uccle que 476,1 mm : le record du 20e siècle. Pourtant les dégâts sont restés localisés : les prairies et les cultures de maïs ont été fortement touchées dans la région de Fagne-Famenne.

Pourquoi n’est-on pas arrivé au niveau dramatique de la sécheresse de 1976 ? Parce que la sécheresse de 1995-1996 a eu lieu en grande partie pendant la « mauvaise saison » et que les phénomènes caniculaires ne se sont que très peu superposés à la sécheresse (il n’y a eu qu’août 1995).

Analyser une sécheresse et ses conséquences nécessite la prise en considération de nombreux paramètres, dont certains ne sont même pas météorologiques (gestion des sols, des cours d’eau, etc.).
De la même façon qu’on évalue des faits ponctuels, comme la puissance des tornades, par rapport à la gravité des dégâts, on pourrait s’imaginer de faire de même pour des phénomènes à plus long terme comme des sécheresses ou des phénomènes caniculaires : les évaluer en fonction des conséquences que cela engendre.

2026 nous l’a bien montré : une sécheresse ne se lit pas uniquement au pluviomètre, et une canicule ne se lit pas uniquement au thermomètre. La canicule de juin 2026, par exemple, a été gravissime en raison de la combinaison de la chaleur et de l’humidité, à laquelle s’ajoutait encore le manque de refroidissement nocturne. En outre, il a été tout le temps question de sécheresse malgré certains totaux pluviométriques bien excédentaires (comme par exemple les 114,6 mm de juin à Uccle) et la forte humidité de l’air au cours de la canicule du même mois. Mais pour la végétation, il a été réellement question d’une grande sécheresse.

En plus de l’étude des phénomènes caniculaires, celle des problèmes liés à la sécheresse, dans tous leurs aspects, devient primordiale pour pouvoir s’adapter le mieux possible aux changements climatiques. 


Sources

- IRM – Bulletin mensuel climatologique – Octobre 1975
- IRM – Événements météorologiques remarquables depuis 1901
- IRM – Les normales du réseau pluviométrique belge – G.L. Dupriez et R. Sneyers
- IRM – Open Data – 110 homogenized monthly precipitation series
- ECA&D – Daily Maximum Temperature in 0,1°C
- ECA&D – Daily Minimum Temperature in 0,1°C
- ECA&D – Daily Precipitation Amount in 0,1 mm
- Kachelmann Wetter – Messwerte & Klimadaten – Oktober 1975

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