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Niveau : initié

Introduction

Février 1956, avec une moyenne de –6,1°C, a été le mois de février le plus froid de l’histoire belge, loin derrière février 1895 (–5,3°C), février 1855 (–4,6°C) et février 1929 (–3,6°C), et même dans l’absolu (tous mois confondus), il a été l’un des mois les plus froids. Seul janvier 1838 peut être considéré comme comparable. Au sens strict, janvier 1838, avec ses –6,3°C de moyenne, a même été un peu plus froid, mais comme l’homogénéisation de données aussi anciennes présente quelques aléas, il serait plus prudent d’affirmer que février 1956 et janvier 1838 ont été, à peu de choses près, équivalents.

Aux Pays-Bas, où l’on dispose de données depuis 1706, février 1956 a même été le mois de février le plus froid sur plus de trois siècles. Tous mois confondus, seul janvier 1823 a été indubitablement plus froid encore. Le mois de janvier 1838, tout comme en Belgique, peut être considéré comme comparable.

Replacé dans le contexte de l’hiver 1955-1956, février a été à cet hiver-là ce que juillet a été à l’été 2006, c’est-à-dire une série de températures extrêmes qui tombent « pile-poil » dans un mois calendrier.

Si l’on confronte entre elles des périodes de 30 jours, la période du 31 janvier au 29 février 1956 n’est plus si différente de celles du 26 janvier au 24 février 1895, du 11 janvier au 9 février 1942 ou encore du 8 janvier au 6 février 1963. Vue sous cet angle, la vague de froid de février 1956 est donc typique de celle d’un grand hiver en Belgique.

Quant au mode de formation de cette vague de froid, il y a beaucoup de points communs avec celle de 1978-1979. Comme à la fin du mois de décembre 1978, la fin du mois de janvier 1956 a été caractérisée par des courants maritimes perturbés et doux, qui sont très brutalement rejetés vers des latitudes plus basses par une arrivée d’air glacial originaire de Sibérie. Mais cette fois-ci, les précipitations tombent surtout avant l’arrivée de l’air froid, sous forme de pluie, et il ne tombera plus que quelques flocons de neige une fois que l’air froid nous a envahi.

Ce côté un peu frustrant pour les hivernophiles de l’époque est complètement tombé dans l’oubli. En effet au centre du pays, en dépit des températures souvent glaciales, le sol restera quasiment dépourvu de neige jusqu’au 12 février inclus. À Uccle par exemple, on parle d’une « mince couche de neige poudreuse ou gelée recouvrant le sol par places ». Cette couche n’y dépasse nulle part le centimètre, et par endroit, on note même de la glace pure en raison des pluies répétitives qui ont gelé au sol.

À l’est de Bruxelles, la situation est un peu meilleure et la couche atteint localement 5 cm. À partir du 13 février cependant, le pays tout entier va se retrouver sous un tapis blanc. À l’ouest du pays, cette couche sera particulièrement épaisse, avec 23 cm à Middelkerke et à Chièvres, 26 cm à Wevelgem et à Renaix et 34 cm à Ramegnies. Au niveau national toutefois, avec une épaisseur maximale de 40 cm, le mois de février 1956 restera nettement moins enneigé que le récent mois de décembre 2010. Du point de vue du froid par contre, ce dernier n’arrive pas à la cheville de ce qu’a été février 1956.


Cette photo, prise en février 1956 à Wijnegem (près d'Anvers),
montre le canal Albert entièrement pris par la glace.
(Source : Gazet van Antwerpen)

 

Analyse de la situation au jour le jour

30 janvier 1956

Tout semble encore normal sur notre pays. Le temps perturbé et doux qui s’est installé depuis plusieurs semaines sur nos contrées est encore bien présent en ce 30 janvier. Le temps est couvert et brumeux sur tout le pays, avec des stratocumulus souvent doublés de stratus fractus et des pluies ou bruines sporadiques. Quelques éclaircies temporaires, avec altostratus et altocumulus, parfois aussi des petits coins de ciel bleu avec cirrus et cirrocumulus. Alors, un peu d’instabilité permet la formation de cumulus et, plus rarement, de cumulonimbus.

Presque partout le temps est doux pour la saison, avec des maxima de 8 à 9°C en plaine, sous un petit vent d’ouest. Mais le froid est tout proche. Comme en 1978-1979, le flux zonal se décale imperceptiblement vers le sud, jusqu’à laisser la voie libre à de l’air froid commandé par un gigantesque anticyclone sur la Scandinavie.

La limite entre les masses d’air est très nette sur les cartes météorologiques. En réalité cependant, il existe une mince zone de transition et, comme le déplacement est très lent, cette zone de mélange des masses d’air s’attarde encore quelques heures sur notre pays.

La première région a en être touchée est la Campine avec une baisse des températures dès le matin et surtout, un abaissement important du plafond nuageux en raison de la condensation de l’humidité dans une très mince couche d’air froid. Il en résulte des stratus particulièrement bas, avec parfois du brouillard et, surtout, de la bruine et de la pluie. Ce temps plus froid se propage par la suite très lentement sur le reste du pays, pour atteindre le centre du pays en fin d'après-midi et l’ouest du pays seulement au cours de la nuit.


31 janvier 1956

Après des pluies nocturnes, devenant progressivement verglaçantes, la neige commence à se propager dans le pays le matin. Mais le gros des précipitations est déjà tombé alors qu’il faisait encore doux, et dans la plupart des régions, la neige ne forme qu’une très mince couche au sol. Mais un vent turbulent, insupportable, commence à acheminer de l’air de plus en froid. À 7 heures du matin, la température descend déjà jusqu’à –5°C à Genk et Brustem, –6 à –8°C sur les hauteurs de l’est, –3°C à Uccle et –1 à –2°C au littoral, où on observe encore de la pluie ou de la bruine, parfois mêlée de neige. À 13 heures, les températures oscillent entre –6°C en Basse et Moyenne Belgique et –12°C dans les Hautes Fagnes. À 22 heures, la température plonge partout en-dessous de –10°C, à l’exception d’Ostende.

Dans les sondages, on voit bien cet air froid qui s’épaissit de plus en plus. À 3 heures du matin, le froid avait encore moins de 500 mètres d’épaisseur à Uccle (–0°C au sol, –2°C à 430 mètres et +5°C à 570 mètres). À 15 heures, le froid s’est déjà bien épaissi et intensifié (–6°C au sol, –10°C à 720 mètres mais –4°C à 1 220 mètres) tandis qu’à 3 heures la nuit suivante, le froid gagnera l’atmosphère sur une grande épaisseur, avec toutefois encore la subsistance d’inversions dans un air pas très homogène (–14°C au sol, –17°C à 570 mètres mais « seulement » –16°C au niveau 850 hPa à 1 380 mètres).

Le ciel, en ce matin du 31 janvier, était encore couvert de nimbostratus, puis ceux-ci se sont désintégrés en journée à partir de l’est en se transformant en altostratus, altocumulus et stratocumulus avant que le ciel ne se dégage tout à fait, avec transitoirement encore quelques cirrus, cirrocumumulus, altocumulus et stratocumulus isolés.


1er février 1956

Ciel serein presque partout sous un vent mordant de nord-est. Les températures sont extrêmes. Les minima sont généralement atteints en matinée et sont de l’ordre de –12°C au littoral, –16°C en Basse et Moyenne Belgique et –25°C dans les Hautes Fagnes. Les –25,2°C relevés à la station de la Baraque Michel sont par ailleurs la température la plus basse jamais enregistrée sur les plateaux fagnards. Et en journée, cela ne va guère mieux puisque le maximum n’y dépasse pas –16,2°C. En Basse et Moyenne Belgique, les valeurs sont comprises partout entre –10 et –13°C, ce qui est tout à fait exceptionnel. Les valeurs les plus extrêmes sont relevées à Beauvechain avec –12,7°C et à Bierset avec –13,4°C. Mais Uccle ne dépasse guère les –12°C non plus. Juste en bordure immédiate de la mer, la température monte un peu plus haut, avec –5°C à Ostende. Mais à Coxyde, située à 3 kilomètres seulement du littoral, le maximum ne dépasse pas –9°C.

La grande similitude des températures sur le pays (littoral excepté) doit être soulignée : des minima proches de –16°C et des maxima de –10 à –13°C partout en plaine, mais aussi en Gaume. Et Rochefort, habituée aux nuits extrêmes, n’est pas descendue en-dessous de –17°C non plus. Par contre, le froid se fait rapidement plus vif (encore) avec l’altitude, avec des minimas inférieurs à –20°C sur tous les plateaux ardennais. Ceci est dû au fait qu’il ne s’agit nullement d’un froid radiatif, mais d’un froid venant de très loin, et acheminé par un vent turbulent qui rend la température parfaitement insupportable pour l’être humain. À Uccle, le vent souffle avec des moyennes de 25 km/h et des rafales de 45 km/h. Au littoral, en début de matinée, ce sont les moyennes qui atteignent des valeurs autour de 45 km/h.

Le sondage d’Uccle de 15 heures montre que l’air froid a désormais envahi nos régions sur une grande épaisseur. Au niveau 850 hPa, à 1 410 mètres d’altitude, on note –21°C, et au niveau 700 hPa, à 2 850 mètres, la température n’est plus que de –28°C. Inutile de préciser qu’il s’agit là de valeurs extrêmes.

Certainement l'une des cartes à 850 hPa les plus impressionnantes de tous les temps !

Ce sont surtout les plus basses couches de l’atmosphère qui sont très instables et turbulentes, avec –12°C au niveau du sol (100 mètres à Uccle) et –18°C à 760 mètres. Au-dessus, on note une très faible inversion, qui permet au ciel de rester serein. Très localement, la turbulence génère quelques stratocumulus ou stratus fractus. Plus à l’ouest, cependant, en direction du littoral, cette inversion disparaît en raison de températures moins froides dans les toutes basses couches, et on observe des cumulus le long du littoral. Au large, au-dessus d’une eau à 7°C, le ciel devient même temporairement très nuageux. Cependant, une couche de stabilité, plus haut dans l’atmosphère (au-delà de 4 000 mètres), empêche la formation d’averses.
 

2 février 1956

Le ciel est à nouveau serein presque partout, mais le vent reste soutenu en de nombreux endroits. Quelques cumulus se forment au littoral et au-dessus des Ardennes, et en dehors de cela, on note encore quelques rares cirrus et altocumulus. En même temps, une certaine stabilisation de l’atmosphère est responsable d’un peu de brume sèche.

La nuit a de nouveau été glaciale, avec des minima de l’ordre de –16°C en de nombreux endroits de Basse et Moyenne Belgique. Sur les plateaux ardennais, le mercure a plongé une nouvelle fois en-dessous de –20°C. En journée, il fait un brin moins froid que la veille, mais toujours avec des maxima de –7 à –10°C en Basse et Moyenne Belgique.     

Le sondage d’Uccle révèle toujours la présence d’une couche d’air très froid jusqu’à 1 000 mètres environ, avec –17°C à 930 mètres. Au-dessus, l’inversion se renforce, avec une température de –14°C au niveau 850 hPa à 1 480 mètres. Au niveau 700 hPa à 2 930 mètres, la température est « remontée » jusqu’à –22°C.
 
 
3 février 1956

L’anticyclone thermique qui s’était formé sur la Scandinavie à la fin du mois précédent a reçu par la suite le soutien de hautes pressions en altitude, dans un premier temps sous la forme d’une circulation fermée. Ensuite, ce petit anticyclone d’altitude s’est fait englober dans la crête centrale d’un immense oméga. En ce 3 février, cette crête oblige cependant l’anticyclone au sol de se décaler vers le sud-ouest, en direction de la Mer du Nord, puis en direction du sud-ouest de l’Angleterre. Il en résulte chez nous un basculement du courant général de l'est-nord-est au nord-nord-est avec, comme conséquence, des infiltrations maritimes et une rapide atténuation du froid.

La première partie de la nuit a encore été fort froide, avec des températures de –10 à –11°C en Basse et Moyenne Belgique vers 1 heure du matin. Ensuite les températures remontent lentement, jusqu’à dépasser 0°C en journée dans toute la moitié ouest du pays. Ostende monte jusqu’à 4,0°C. À Bruges, il fait 2,2°C et à Deurne (Anvers), encore 1,2°C. En Campine et en Ardenne, il continue à geler mais sous une forme beaucoup plus atténuée, avec des valeurs à peine inférieures à 0°C dans la première région, et des valeurs comprises entre –5 et –7°C dans la seconde.

Le ciel, quant à lui, est très nuageux à couvert avec des stratus accompagnés de brumes, le tout évoluant temporairement en stratocumulus doublés de cumulus, avec une visibilité un peu meilleure.

De faibles chutes de neige sont observées sporadiquement, sans donner de précipitations significatives. Au littoral, le temps est un peu plus instable et moins sombre, avec cumulus, stratocumulus, altocumulus et cirrus. À l’est et au sud du pays, un peu d’instabilité se manifeste aussi avec formation de cumulonimbus enclavés (sans pour autant donner des averses dignes de ce nom). Ceci est lié au fait qu’une mince couche stable se maintient au voisinage du sol glacé, surmonté d’air polaire maritime plus instable jusqu’à 2 300 mètres environ. Sur mer et, partiellement à l’intérieur des terres l’après-midi, la mince couche stable s’est résorbée, permettant ainsi la formation de cumulus et, occasionnellement, de cumulonimbus.

Alors que les rigueurs de l’hiver s’atténuent chez nous, la coulée d’air très froid continue son chemin à l’est de nos régions, en descendant vers le sud-ouest jusqu’à atteindre les pays méditerranéens. À Milan, comme à Marseille et à Perpignan, le thermomètre descend jusqu’à –10°C.


4 février 1956

L’anticyclone descend lentement vers la France tandis que la crête d’altitude qui l’a soutenu s’effondre temporairement.

Chez nous, le courant devient de ce fait très faible, avec d’abord une prédominance nord-est. L’air encore froid à l’origine s’est réchauffé sur la Mer du Nord et sur la Mer Baltique et est devenu très instable dans les basses couches, avec –11°C à 1 340 mètres. Au-dessus, on observe une inversion marquée et au niveau 850 hPa (1 560 mètres), la température atteint –7°C.

Il en résulte une nébulosité très variable avec des stratocumulus et des cumulus distillant parfois de petites averses de neige. De temps en temps, un petit cumulonimbus parvient à se développer tandis que dans les timides éclaircies, on voit des altocumulus. Occasionnellement, au littoral surtout, le ciel est aussi voilé d’altostratus.

Les températures maximales, dans cette configuration instable, sont nettement plus basses en Ardenne (–5 à –6°C) qu’en Basse et Moyenne Belgique (autour de 0°C).

Pendant ce temps, le froid s’accroche en Italie et la lagune de Venise commence à geler. Un peu plus au sud, à Bologne, le thermomètre descend le matin jusqu’à –13,6°C.

Cette succession de cartes (du 3 février 1956 à 19h au 4 février 1956 à 19h) montre bien la descente
vers le sud-ouest du noyau anticyclonique principal, avec des infiltrations maritimes chez nous, mais
la poursuite de la descente d'air froid sur d'autres régions d'Europe.
(Source des cartes : Revista del Aficionado a la Meteorologia)
 


5 février 1956

Journée décevante pour les hivernophiles de l’époque. Il commence certes à neiger, mais bien vite cette neige se transforme en pluie et en bruine, souvent verglaçantes, avec des températures qui remontent jusqu’à 0°C en soirée. À l’ouest du pays, on observe même 4 à 5°C, voire 6°C l’après-midi, le soir et la nuit suivante. L’est du pays est par contre mieux loti, avec des gelées permanentes et davantage de neige. Mais des pluies et bruines verglaçantes y sont observées aussi.

L’anticyclone se trouve à présent près de la Bretagne, pendant qu’un deuxième noyau s’est formé sur l’Autriche. Au nord de cet ensemble, le courant s’est orienté à l’ouest-nord-ouest, et au sud-sud-ouest près du sol en raison de l’intense effet de frottement de la pellicule d’air froid au contact avec le sol. La couche humide et stable est fort épaisse, avec +2°C à 1 000 mètres d’altitude.

Il en résulte la présence de nimbostratus, parfois masqués par des brumes et des stratus bas. En de nombreux endroits, les précipitations sont assez abondantes, avec parfois formation d’une importante couche de glace.

Pendant ce temps, au sud des deux noyaux anticycloniques, un courant de nord-est maintient le froid en Méditerranée. La lagune de Venise continue à geler, avec une couche de glace de 7 à 8 cm.


6 février 1956

Le pays entier est dans le brouillard, avec des températures légèrement positives à l’ouest du pays, et légèrement négatives à l’est. Le littoral, de surcroît, connaît des pluies et bruines.

Un anticyclone s’étend désormais de l’Irlande au Golfe de Gascogne, bien soutenu par une crête d’altitude qui reprend de la vigueur au sein du blocage oméga. Ces conditions anticycloniques se font surtout sentir à partir de 1 000 mètres d’altitude, avec de l’air doux et très sec. Au niveau 850 hPa (1 530 mètres), la température de l’air est de –1°C tandis que celle du point de rosée est de –19°C ! En-dessous de 1 000 mètres par contre, il continue à faire humide, avec un courant de nord à tous les niveaux.


7 février 1956

Après une nuit un peu plus froide, avec –3 à –5°C au centre du pays, une nouvelle journée brumeuse s’annonce, avec des stratus évoluant parfois en stratocumulus. Quelques timides éclaircies, où l’on voit des altocumulus. Le littoral et le sud du pays connaissent des éclaircies plus larges, avec même temporairement un ciel serein à Virton.

À l’exception de l’ouest du pays, les gelées sont à nouveau permanentes partout.


8 février 1956

Journée particulièrement grise et brumeuse, avec stratus s’abaissant l’après-midi jusqu’à former du brouillard. Pendant ce temps-là, le dégel gagne une grande partie du pays et, après un peu de neige en matinée, c’est le grand retour de la pluie et de la bruine. Mais sur le sol froid, la glace et des restes de neige persistent sur le sol d’Uccle.

Les températures maximales atteignent 4 à 5°C sur l’ouest et le nord du pays, 3°C au centre et entre –1 et –2°C en Ardenne. La Gaume restera la plus froide, avec un minimum de –12°C et un maximum de –3°C à Virton. Là, les conditions demeurent bien plus hivernales, avec de la neige le soir.

La crête en altitude s’est bien renforcée, mais elle est encore mal placée par rapport à nos régions, avec un flux d’ouest à sud-ouest dans les basses couches, et de nord-ouest à nord dans les couches plus hautes, avec comme conséquence la présence d’air maritime humide et pas très froid sur nos régions.

Pendant ce temps, l’Italie croule sous la neige, tandis que le froid s’accroche au Midi de la France, avec –7°C à Marseille et –6°C à Perpignan. 

 

9 février 1956

Forte chute de température la nuit, avec l’arrivée d’un vent fort de nord-est à est. À 8 heures du matin, on observe –8,8°C à Deurne, –9,6°C à Kleine Brogel, –10,4°C à Beauvechain et –17,2°C à la Baraque Michel. Par la suite, les maxima restent très bas, compris entre –5 et –6°C en Basse et Moyenne Belgique, et entre –9 et –13°C en Ardenne. Le ciel, encore très nuageux le matin avec des stratocumulus, s’est éclairci par la suite avec une quantité variable de cumulus humilis ou mediocris, surmontés de bancs d’altocumulus parfois lenticularis. Certains cumulus parviennent à se développer jusqu’au stade congestus, voire à former de petits cumulonimbus. Mais la neige reste la grande absente, notamment au centre du pays, et les quelques averses qui tombent sont trop faibles pour générer un enneigement digne de ce nom. À Uccle, on notera juste un petit centimètre de plus le lendemain, c’est-à-dire 2 centimètres au total.

Le grand acteur de ce jour est le vent, qui souffle en tempête en mer, et qui est très turbulent ailleurs, ce qui rend le froid à nouveau insupportable. En plus, la température baisse fort dès l’après-midi, avec des températures inférieures à –10°C dès 200 mètres d’altitude à 16 heures.

Le sondage d’Uccle de 15 heures montre bien l’important refroidissement à l’arrière du front froid venu du nord-est, avec à nouveau une température de –17°C au niveau 850 hPa à 1 470 mètres. Les cartes d’altitude, par ailleurs, laissent voir un léger basculement vers l’est de la crête de l’oméga, avec un développement rapide vers le nord de la Norvège, puis jusqu’à la Nouvelle Zemble (nuit du 9 au 10). Cette configuration a permis à un anticyclone, au niveau du sol, de bien se développer sur la Scandinavie et de nous renvoyer des masse d’air glacial d’origine arctique.

Cette carte, du 10 février 1956 à 7h, montre le passage du front froid qui replace notre pays dans
l'air continental glacial d'origine arctique.
(Source de la carte : Revista del Aficionado a la Meteorologia)
 

 

10 février 1956

La nuit a été à nouveau glaciale, avec –12°C à Uccle et Zaventem, –15°C à Bierset et –19°C à Saint-Hubert. Les Hautes Fagnes sont à nouveau descendues en-dessous de –20°C, avec –20,5°C à la Baraque Michel.

Les maxima, quant à eux, sont à peine moins bas que la veille, avec –4 à –5°C en Basse et Moyenne Belgique, et –10 à –11°C en Ardenne. Seule la zone littorale, avec –1 à –2°C, est un peu moins froide.

La configuration de l’air est assez instable, avec –16°C au niveau 850 hPa (1 450 mètres), et –23°C au niveau 700 hPa (2 890 mètres). Il s'ensuit une nébulosité variable et, après les stratocumulus et stratus fractus présents en matinée, des cumulus se forment et certains atteignent le stade de cumulonimbus avec de petites averses, un peu plus marquées dans les Hautes Fagnes, où des phénomènes de chasse-neige sont observés. Le vent de nord-est, toujours assez turbulent, est cependant trop sec pour générer de belles averses.

La partie la plus froide de la descente d’air arctique est cependant passée au sud de nos régions. Au niveau 850 hPa, la température est descendue jusqu’à –20°C sur l’est de la France, avec comme conséquence des températures exceptionnellement froides sur cette région. C’est ainsi que Strasbourg a connu un minimum de –22,0°C et un maximum de –12,5°C. Par la suite, cet air s’est engouffré dans le Midi de la France en raison d’un très fort mistral. À Marseille, la température est descendue jusqu’à –12,6°C la nuit pour ne remonter qu’à –9,6°C en journée.

En Italie, pendant ce temps, il neige abondamment même en plaine, avec 18 cm à Bologne et 30 cm à Modène (avec des rafales de 90 km/h). À Venise, la température est descendue jusqu’à –10,2°C avec un vent de 110 km/h !! Là aussi, un manteau blanc recouvre la ville.
  

11 février 1956

La crête centrale de l’oméga s’est détachée et a formé une circulation anticyclonique fermée entre l’Écosse et l’Islande, tandis qu’une circulation zonale s’est installée très loin au sud de nos régions, en passant sur l’Algérie et la Tunisie. Ces flux d’ouest sont commandés par une profonde dépression s’étendant du Golfe de Gênes à l’Adriatique. Au nord, un puissant anticyclone, de plus de 1 040 hPa est retenu par la circulation fermée en altitude entre l’Écosse et l’Islande tandis qu’un anticyclone encore plus puissant, d’origine principalement thermique, reste installé sur le nord de la Russie (Union Soviétique de l’époque).

Cela se traduit chez nous par le maintien d’une puissante advection d’air très froid de nord-est, avec un vent plus turbulent encore que la veille. Au littoral, on observe à nouveau des vents de tempête, qui concernent également l’estuaire de l’Escaut, alors qu’au centre du pays, on note encore des vitesses moyennes de 30 à 35 km/h, avec des rafales dépassant les 50 km/h.

Le froid est donc insupportable, d’autant plus que les maxima ne dépassent pas –4 à –5°C à l’ouest du pays, –6 à –8°C au centre et –12 à –14°C en Ardenne. Le ciel, quant à lui, est serein ou peu nuageux, avec développement de cumulus humilis isolés. Au littoral, le temps est plus instable, avec des cumulus plus développés atteignant parfois le stade de cumulonimbus. Des averses sont observées au large, mais elles n’atteignent pas la côte. Ceci s’explique facilement par les sondages. À Uccle à 15 heures, on observe –7°C au sol (situé à 100 mètres d’altitude) et –16°C à 880 mètres. Air très instable donc. Mais au-dessus, vers 1 000 mètres, on rencontre une inversion qui empêche tout cumulus de se développer davantage, et la température remonte jusqu’à –12°C au niveau 850 hPa, à 1 390 mètres.

Sur la Mer du Nord cependant, avec des eaux qui sont encore à +5 voire +6°C, l’air est tellement réchauffé par le bas qu’il parvient à percer l’inversion.

En Méditerranée, pendant ce temps, on observe des chutes de neige énormes, avec 60 cm à Saint-Raphaël et même 70 cm (!!!) au Cap Camarat (près de Toulon).


(Source : meteo-paris.com - « Les chroniques météo de l'année 1956... »)  


12 février 1956

Le vent diminue rapidement mais les températures restent très basses. Avec le retour du rayonnement nocturne, le thermomètre est descendu jusqu’à –20,9°C à Rochefort. Mais comme l’air est encore froid sur une grande épaisseur, on relève des minima très bas dans les Hautes Fagnes aussi, avec –22,5°C à la Baraque Michel. Ailleurs, on relève des valeurs comprises entre –10 et –17°C (–12°C à Uccle et à Zaventem), sauf à Ostende où le minimum a été de –7,9°C. En journée, les maxima se situent autour de –3°C en Basse et Moyenne Belgique, et autour de –10°C dans les Hautes Fagnes.

La nébulosité est irrégulière dans le pays, avec une quantité variable de stratocumulus et quelques faibles chutes de neige. Dans le sud et l’est du pays, on observe des bancs d’altocumulus lenticularis, tandis que les altocumulus sont plus présents au littoral, avec parfois de l’altostratus. Là, les chutes de neige sont un peu plus marquées.

Une perturbation, générée par une énorme goutte froide au nord-est de nos régions (températures inférieures à –40°C au niveau 500 hPa) s’approche de nos régions…


13 février 1956

La neige est enfin tombée en abondance sur le pays. On mesure des valeurs de l’ordre de 5 mm de précipitations sur de nombreuses régions du pays. Avec des températures minimales de l’ordre de –6 à –7°C en Basse et Moyenne Belgique, il s’agit d’une neige très sèche. À Uccle, on note une épaisseur de 6 cm au sol.

Le matin, on observe encore de faibles chutes de neige sur tout le territoire, à l’exception du littoral. Les nimbostratus et altostratus opacus se disloquent sous la forme de stratus et de stratocumulus, évoluant à leur tour en cumulus et, très localement, en cumulonimbus, avec de petites averses de neige fort répandues dans le pays.

L’air est en effet assez instable jusque 2 200 mètres environ. Le sondage d’Uccle révèle des températures de –4°C au sol, de –10°C à 860 mètres, de –13°C à 1 290 mètres (niveau 850 hPa) et de –19°C à 2 220 mètres. Au-dessus, on note une faible inversion, mais qui a pu être percée par endroit.


14 février 1956

La dépression en altitude, actuellement située sur la Suisse et l’Autriche, continue à déterminer notre temps en nous envoyant des courants polaires. Pourtant, en dépit d’une instabilité localement importante, les précipitations restent très limitées en raison de la grande sécheresse de l’air en journée.

La nébulosité est très variable, avec parfois de belles éclaircies persistant assez longtemps. Le matin, le ciel est parfois serein, parfois nuageux à couvert avec des stratus et stratocumulus évoluant en cumulus et, très localement à l’est du pays, en cumulonimbus. Sur les hauteurs ardennaises, les stratus persistent en raison d’un air qui y est plus humide. À nouveau, on note de faibles chutes de neige ou de petites averses sur tout le pays.

Les températures sont encore descendues très bas la nuit, avec des minima généralement compris entre –10 et –14°C en Basse et Moyenne Belgique, mais avec localement des pointes jusqu’à –19°C comme à Brustem.

En Gaume, il a fait plus froid encore, avec –21,2°C à Virton. C’est la température la plus basse jamais observée à cette station, sur une période d’observation de plus de 50 ans.

En journée, les maxima s’échelonnent entre –11°C dans les Hautes Fagnes et –1°C au littoral. En Basse et Moyenne Belgique, les valeurs sont comprises entre –4 et –7°C. Cette grande disparité explique la coexistence de phénomènes de stabilité et d’instabilité parfois sur de courtes distances. En altitude, la température est de –14°C à 1 330 mètres (niveau 850 hPa) et de –22°C à 2 780 mètres (niveau 700 hPa).


15 février 1956

La dépression en altitude ne se déplace que très lentement vers l’est et nous influence toujours. Au niveau du sol, un petit noyau de basse pression s’est formé sur les Pays-Bas et se dirige vers l’Allemagne en se comblant. Il en résulte un basculement des courant vers le nord-ouest, avec une certaine atténuation du froid mais le grand retour de la neige, qui tombe à nouveau en abondance, surtout sur l’ouest du pays. Jusqu’au lendemain, il tombera 23 cm de neige à Midelkerke et à Chièvres, 26 cm à Wevelgem et 34 cm à Ramegnies. À Uccle, la couche reste plus modeste, avec 12 cm.


 

Le temps est très nuageux à couvert toute la journée, avec des nimbostratus (parfois diminuant jusqu’à altostratus translucidus) en matinée, avec des chutes de neige. L’après-midi, les précipitations cessent progressivement, avec altostratus opacus doublé de stratocumulus et de stratus fractus. Le soir, on note quelques éclaircies, avec des cirrus et des altocumulus denses. En Ardenne, le chasse-neige donne une ambiance particulièrement hivernale. Mais le vent souffle fort à la côte aussi, de direction nord-ouest, et un faible dégel y est observé. L’après-midi cependant, le vent y souffle à nouveau de l’intérieur des terres, d’est à sud-est, avec retour du gel (–4°C le soir).

D’une façon générale, les maxima se situent autour de 1 ou 2°C à l’ouest du pays, de –1 à –3°C au centre du pays et entre –5 et –8°C en Ardenne. Avec –9°C au niveau 850 hPa (1 340 mètres), l’air est encore été assez instable pour générer des cumulonimbus enclavés et quelques petites averses de neige.


16 février 1956

Après des éclaircies nocturnes sur un épais manteau neigeux, les températures sont redescendues très fort avec des minimas de –18,1°C à Deurne, –18,3°C à Thimister, –19,7°C à la Baraque Michel, –21,8°C à Rochefort et –22,2°C à Kleine Brogel. Au Pays-Bas aussi, il a fait très froid, avec –21,6°C à De Bilt et à Eindhoven. L’anticyclone sur le nord de la Russie est toujours aussi énorme, avec des pressions supérieures à 1 065 hPa. Une situation barique plus confuse sur nos régions donne un vent variable, avec de nombreux stratocumulus, parfois du stratus et de la brume, sur l’ouest, le nord et le centre du pays, et on observe encore quelques flocons de neige. Ailleurs, il y a de belles éclaircies avec des cirrus et de rares altocumulus ou cirrocumulus. Les maxima, très variables, sont compris entre –1 et –6°C en Basse et Moyenne Belgique, et autour de –8°C dans les Hautes Fagnes.


17 février 1956

Le ciel est serein désormais, à l’exception de quelques stratus et stratocumulus le matin. Mais la tendance est assez brumeuse. Sur les reliefs, on note la formation de quelques cumulus humilis.

Il a refait très froid la nuit, avec des minima de –10°C au littoral, de –12 et –16°C en Basse et Moyenne Belgique, ainsi qu’en Ardenne. Mais localement, il a fait plus froid encore, avec par exemple –17,4°C à Zaventem et –17,9°C à Deurne.

En journée, les maxima sont compris entre –4 et –6°C presque sur la totalité du pays. Le vent, quant à lui, est calme ou faible avec une prédominance d’est à nord-est, et temporairement de sud-est en Ardenne.

Le sondage d’Uccle montre désormais des caractéristiques anticycloniques, avec une mince couche instable en journée, surmontée d’une inversion de subsidence très basse, vers 500 mètres.


18 février 1956

Un gradient à nouveau plus élevé, entre l’anticyclone russe (1 055 hPa) et une dépression sur l’Italie (985 hPa) rend à nouveau l’air froid plus turbulent et plus épais, avec une inversion qui est remontée jusqu’à 800 mètres environ, et un air très froid juste en-dessous (–12°C à 780 mètres d’altitude).

En matinée, en raison du grand froid en surface, l’air est stable avec des stratus en de nombreux endroits, accompagnés de faibles chutes de neige. Ces stratus évoluent en cumulus l’après-midi, avec de rares cirrus. En Ardenne, les stratus se sont par contre accrochés fort longtemps.

À Virton, la température est descendue jusqu’à –20°C tout juste, tandis que Rochefort est même descendue jusqu’à –22,8°C. Ailleurs, les minima ont été (un peu) plus modérés avec des valeurs comprises entre –10 et –12°C au littoral, entre –12 et –14°C au centre du pays et entre –13 et –15°C en Ardenne. Les températures maximales sont proches de celles de la veille en Basse et Moyenne Belgique, mais l’impression de froid est plus forte. En Ardenne par contre, il fait réellement plus froid, avec des maxima de –9 à –10°C.


19 février 1956

Notre pays se trouve actuellement dans le creux oriental d’un oméga bien dessiné, avec une crête remontant, au-dessus de l’Océan, jusqu’en Islande. Au niveau du sol, l’anticyclone russe perd temporairement un peu de son influence sur nos régions, alors qu’un autre anticyclone, pourtant plus faible, centré sur l’Islande gagne en influence en combinaison avec une dépression toujours située sur l’Italie. Ceci entraîne un basculement des courant généraux qui viennent à présent du nord-nord-est, voire du nord. Il s’ensuit l’arrivée de courant polaires maritimes très instables qui donnent des averses en mer. À l’intérieur des terres, au contact du sol froid, il se forme une pellicule d’air stable qui, par endroit, persiste toute la journée.

Il n’est donc pas étonnant que des nuages de stabilité et d’instabilité coexistent à nouveau, comme cela a déjà été le cas à d’autres moments au cours de ce mois de février 1956.

Le plus souvent, on a droit à un ciel très nuageux ou couvert et brumeux avec stratus et stratocumulus distillant parfois de faibles chutes de neige. Ces nuages se déchirent parfois pour laisser voir un ciel tout bleu au-dessus des stratus fractus. En d’autres endroits, les stratus évoluent en cumulus et même en cumulonimbus, avec de petites averses de neige.

Après une nuit un peu moins froide, avec des minima souvent compris entre –11 et –14°C, les maxima atteignent –3 à –6°C en Basse et Moyenne Belgique (–2°C à Ostende) et –10 à –11°C en Ardenne. Sous les stratus cependant, les températures sont parfois restées longtemps proches des –10°C même en plaine, avant de remonter un peu l’après-midi.

Avec des températures de –14°C au niveau 850 hPa (1 350 mètres) et de –24°C au niveau 700 hPa (2 800 mètres), on peut clairement parler d’une configuration instable là où la température au sol est montée jusqu’à –3°C. Mais dans les zones plus froides, la stabilité des basses couches est restée un frein important à toute forme de convection.


20 février 1956

Alors que les pressions demeurent basses en altitude, un marais barométrique au niveau du sol fait stagner l’air froid et humide sur nos régions. Dans un deuxième temps, cet air devient plus sec.

Le matin donc, le ciel est couvert de stratus et de stratocumulus donnant encore de faibles chutes de neige. Ensuite, la nappe nuageuse se déchire, en passant très localement par le stade de cumulus humilis en Ardenne. Ensuite, le ciel devient serein, à l’exception de quelques stratus ou stratocumulus résiduels, et quelques cirrus très isolés, plus fréquents au littoral seulement.

Le ciel d’abord couvert a fortement atténué les rigueurs du froid nocturne, avec des minima souvent proches des –10°C en plaine. Juste le sud du pays a connu des températures beaucoup plus basses, avec –16,8°C à Virton et –19,2°C à Saint-Hubert.


21 février 1956

Le ciel est resté serein toute la nuit, au-dessus d’un sol encore bien enneigé et avec un vent faible ou nul, ce qui a fait que le refroidissement par rayonnement a été particulièrement intense. À Rochefort, la température est descendue jusqu’à –25,2°C. C’est la température la plus froide jamais enregistrée à cet station pendant un mois de février. Mais bien d’autres endroits ont eu très froid. –24,0°C ont été atteints à Stavelot, –22,0°C à Denée-Maredsous tandis que Virton a frisé les –20°C avec –19,7°C au thermomètre. Mais à l’ouest du pays aussi, les températures ont parfois été très basses, avec –19,2°C à Beitem et même –18,0°C à Bruges. Très étonnants aussi les –19,6°C observés aux Pays-Bas à Vlissingen, en Zélande.

Sur les hauts plateaux et autres lieux bombés, le froid a été bien moins intense, avec –15,8°C à la Baraque Michel, –15,8°C également à Bierset et –16,3°C à Saint-Hubert. Uccle, de son côté, n’a même pas atteint les –15°C.

En journée, le ciel a été serein partout, après la dissipation de quelques brouillards et stratus très localisés le matin. Toutefois il a continué à faire très brumeux en de maints endroits. En Ardenne, le vent s’est levé en journée avec des phénomènes de chasse-neige par endroit. Les températures maximales ont souvent été proches des –5°C, tant en plaine que sur les plateaux. La Gaume a été un peu plus privilégiée, avec –2°C à Virton.

Alors que les conditions se font de plus en plus anticycloniques sur nos contrées, une dépression petite mais vénéneuse s’est creusée sur le Golfe de Gascogne, avec comme conséquence 80 cm (!) de neige à Bordeaux. À Arcachon, on note des congère de 70 cm de haut !


22 février 1956

Après une nuit un peu moins extrême que la précédente, le temps redevient brumeux mais beau. Des brouillards et des stratus, plus fréquent à l’ouest du pays qu’à l’est, persistent localement jusqu’en après-midi. Sinon le ciel est serein, à l’exception de rares cirrus. Le soir, des stratus se reforment en de nombreux endroits.

Au littoral, la configuration est plus instable dès l’après-midi, avec stratocumulus doublés de cumulus, évoluant en cumulonimbus (avec altocumulus cumulogenitus). À la côte, aucune précipitation n’est relevée, mais un peu de neige en grain est observée au large, au-dessus d’une eau qui est à présent à +4°C.

Les températures minimales se sont situées entre –10 et –13°C au littoral, entre –12 et –16°C en Basse et Moyenne Belgique mais « seulement » de –11°C dans les Hautes Fagnes. L’après-midi par contre, les températures demeurent souvent très basses, avec des maxima de –6 à –7°C dans la plupart des endroits en Basse et Moyenne Belgique. Dans le sud du pays, il fait moins froid avec –1°C à Virton et –4°C à Saint-Hubert.

Le sondage d’Uccle montre une décroissance de la température jusqu’à 700 mètres d’altitude (–10°C). Au-dessus, il y a une inversion surmontée d’air très stable.

Les vents soufflent à présent principalement de nord-est, entre l’anticyclone russe et la dépression du Golfe de Gascogne, qui s’est déplacée entre-temps vers la Côte d’Azur, qui s’est retrouvée à son tour sous la neige, avec 23 cm à Cannes et 22 cm à Saint-Raphaël.


23 février 1956

Nouvelle arrivée d’air très froid du nord-est, avec un vent redevenant parfois turbulent. Les températures redescendent fort bas la nuit, avec –17,6°C à Zaventem, –19,0°C à Bierset et –19,4°C à Beitem. Cette fois-ci, il ne s’agit pas toujours d’un froid radiatif et les températures très basses s’observent à d’autres endroits. Même Uccle, cette fois-ci, est descendu en-dessous de –16°C.

Les températures maximales sont restées extrêmement basses aussi pour la saison, en dépit d’un soleil déjà plus fort. Beaucoup de stations, comme par exemple Uccle, Zaventem, Deurne et Genk, ont vu leurs thermomètres coincés à –8°C. Mais des maxima encore plus bas ont été observés à Beauvechain (–9,5°C) et Bierset (–10,4°C).

Le ciel a été temporairement nuageux à couvert en matinée (sauf au littoral), avec des stratus, des stratocumulus et quelques altocumulus accompagnés de neige faible ou de poudrin de glace. L’après-midi, le ciel redevient serein, à part quelques cumulus humilis locaux, et de rares altocumulus et cirrus. Dans le sud du pays, on observe également des altostratus translucidus passagers. Une tendance brumeuse se maintient sur tout le pays, sauf aux abords immédiats de la mer. Au large, la nébulosité est plus abondante avec à nouveau quelques averses.


Cette photo, prise en février 1956 à Deulin, entre Durbuy et Marche-en Famenne, montre bien la rigueur
exceptionnelle du froid dans la région : l'Ourthe et complètement gelée !
(Photo : Joseph Devillers, http://www.deulin.be )


24 février 1956

L’anticyclone russe commence à se retirer, mais une dépression sur l’Espagne maintient des vents d’est à nord-est sur nos régions.

Le temps est à nouveau beau après dissipation de quelques brouillards et stratus sur l’est du pays. Sur le nord, on observe des stratocumulus très temporaires en matinée. Sinon, le ciel est serein presque partout, avec une brume sèche très présente. Le soir, on note quelques altocumulus lenticularis sur le sud du pays. Le littoral est un peu moins privilégié, avec un ciel voilé d’altostratus translucidus évoluant par la suite en cirrostratus. Sur l’ouest, on relève aussi quelques stratus fractus côtiers.

La nuit a encore été très froide, avec des minima de –15 à –20°C dans presque toutes les régions. Seule la station d’Ostende n’est pas descendue en-dessous de –12,8°C.

Quelques valeurs encore plus extrêmes ont été relevées, comme à Rochefort (–23,6°C) et Denée-Maredsous (–20,2°C).

En journée, grâce à l’effet conjugué du soleil et d’un réchauffement en altitude (0°C à 810 mètres), les maxima sont moins bas, souvent compris entre –2 et –3°C. À Spa, on arrive même à 0°C.


25 février 1956

Un anticyclone sous une crête de type « rex », acheminant de l’air chaud en altitude, s’est formée sur les Îles Britanniques. Ceci maintient cependant une circulation d’est-nord-est sur nos régions et, même si la température au niveau 850 hPa (1 490 mètres) est remontée jusqu’à –3°C, le froid des basses couches a beaucoup de mal à s’évacuer.

La nuit a été une nouvelle fois très froide, avec –13°C à Uccle, –14°C à Zaventem, –17°C à Bierset et –18°C à Brustem. L’Ardenne, déjà située dans l’air plus chaud, n’est souvent pas descendue en-dessous de –10°C.

Le ciel est brumeux mais serein partout, à l’exception de cirrostratus au littoral le matin. Pourtant, en dépit du soleil, le dégel ne parvient pas à s’imposer, avec toujours des valeurs maximales de –1 à –4°C en toutes régions, sauf à Werbomont (0°C) et Virton (+2°C).


26 février 1956

La crête « rex » se maintient, tout comme la circulation de nord-est à est. Des minima très bas, localement inférieurs à –20°C comme à Rochefort, sont encore observés. Mais Bierset est descendue aussi à –16°C et Brustem, –15°C, tout comme Genk. À Uccle, on a encore relevé –12°C aussi.

Le temps reste brumeux et serein dans la plupart des régions. Au sud du pays, on note quelques cirrus et altocumulus lenticularis, gagnant le centre du pays le soir. Le littoral est à nouveau moins privilégié, avec l'apparition de quelques stratocumulus dès la matinée, à partir de l’ouest, suivis d’un ciel très nuageux l’après-midi avec stratocumulus et altocumulus. Le soir, le ciel devient couvert avec stratus et stratocumulus, ces derniers débordant quelque peu sur le nord du pays. Les températures dépassent enfin 0°C en de nombreux endroit, avec 1°C au centre du pays.


27 février 1956

Cette fois-ci, la fin de la vague froid est à nos portes. Le ciel est très nuageux à couvert, sauf sur une grande partie du sud-est du pays. Stratocumulus et stratus, avec brumes, brouillards et faibles chutes de neige jusqu’en début d’après-midi. Au littoral, retour d’éclaircies dès l’après-midi avec des altocumulus et quelques cirrus. Dans le centre, les éclaircies sont plus discrètes avec des stratocumulus. Dans le sud-est du pays, le ciel reste serein ou peu nuageux avec des cirrus, puis des cirrostratus l’après-midi avec, dans les Hautes Fagnes et les régions environnantes, la formation de stratus.

Après une dernière nuit localement très froide, avec –16°C à Brustem, les températures repassent au-dessus du 0°C dans la plupart des régions, avec des valeurs comprises entre 1 et 3°C, et même jusqu’à 6°C en Gaume.


28 février 1956

Le blocage « rex », encore visible la nuit, disparaît complètement en journée, faisant place à une circulation quasi-zonale d’ouest-nord-ouest.

Seule la Gaume a connu encore un minimum de –10°C. En Basse et Moyenne Belgique, les gelées n’ont été que faibles, avec des valeurs souvent comprises entre –1 et –3°C. C’est le dernier matin, aussi, avec une couverture de neige encore intacte.

Par la suite, le temps devient particulièrement maussade, avec un ciel très nuageux à couvert avec stratus, et altostratus visibles là où les stratus se déchirent. L’après-midi, évolution en nimbostratus avec pluies et bruines, parfois verglaçantes, et neige temporaire surtout en Ardenne. En Gaume, des éclaircies sont encore présentes le matin, avec des cirrus.

Les températures, à l’ouest et au centre du pays, atteignent généralement 3 à 4°C, mais restent coincées à 2°C à Ostende en raison des eaux côtières froides. En Ardenne, et à nouveau en Gaume, les températures demeurent légèrement inférieures à 0°C.

À noter qu’à la côte, le vent est déjà fort par moments.


29 février 1956

Le flux est devenu tout à fait zonal. Les températures sont déjà positives partout le matin, sauf à Botrange où il fait 0°C. L’après-midi, il fait même doux avec localement plus de 8°C à l’ouest du pays. Mais le temps reste couvert, avec un brouillard de dégel accompagné de stratus évoluant en nimbostratus avec pluie et bruine. En dépit du vent, la visibilité ne s’améliore guère, à l’exception du littoral où le vent souffle avec une vitesse moyenne jusqu’à 60 km/h et des rafales dépassant les 70 km/h. Là, il ne pleut pas, mais le ciel est couvert de stratus et de stratocumulus, temporairement doublés de cumulus fractus.

L’hiver est bien fini cette fois-ci, et ne reviendra plus.

Conclusion

Il est intéressant de noter que le froid de février 1956 a le plus souvent concerné une grande épaisseur de l’atmosphère et qu’on peut donc le qualifier de « froid de transport » (à l’opposé du « froid radiatif ». Cela se remarque surtout dans le déroulement des températures dans les Hautes-Fagnes. À la Baraque Michel, la température est descendue à 6 reprises en dessous des –20°C (relevés sur 24 heures, entre 8 heures la veille et 8 heures le jour même). Cela ne s’est pas produit une seule fois au cours du grand hiver 1962-1963 (minimum = –18,5°C), et que très occasionnellement au cours d’autres grands hivers, comme en 1929, 1940, 1979, 1985 et 1987. Le minimum absolu, du 1er février, a été de –25,2°C, ce qui est la température la plus basse jamais enregistrée dans les Hautes Fagnes.

Le froid radiatif ne s’est vraiment manifesté qu’au cours de quelques nuits, principalement au cours de la 3e décade. À ce moment, ce fut au tour de stations comme Rochefort à enregistrer des températures extrêmes, avec notamment –25,2°C le 21 février. Selon les relevés de 8h à 8h, Rochefort a même connu 7 jours consécutifs avec des températures inférieures à –20°C, avec encore une pointe très basse le 24 février (–23,6°C).

Les plaines, contrairement aux plateaux, sont souvent propices aussi au froid radiatif. C’est ainsi que la région de Roulers est descendue de façon très inattendue jusqu’à –19,2°C le 21 février et –19,4°C le 23 février (station de Beitem), alors que les plateaux ardennais sont descendus nettement moins bas. À Coxyde aussi, la température est descendue jusqu’à –18,0°C le 23. Il convient de noter que la nuit du 22 au 23 février a été une nuit « hybride », avec un froid radiatif en première partie de nuit et un froid de transport (après un front froid) en deuxième partie de nuit, ce qui fait qu'à la fois des stations de plateau et des stations de plaine (ou de vallée) ont connu des valeurs extrêmes et ce, de façon assez disparate.

Le restant du mois cependant, l’intensité du froid a souvent été tout simplement tributaire de l’altitude, et la moyenne mensuelle de –11°C observée à la Baraque Michel est vraiment très exceptionnelle.

Cela ne va pas sans rappeler une vague de froid plus récente, moins longue mais non moins intense, que le pays a vécu en janvier 1987. Là aussi, il s’agissait d’un froid de transport acheminé par des vents turbulents et accompagné de maxima très bas. Les sondages d’Uccle, à ce moment, révèlaient des températures en altitude encore plus basses qu’en 1956, avec le 12 janvier à 1 heure –22°C au niveau 850 hPa (1 420 mètres) et –29°C au niveau 700 hPa (2 830 mètres). À 13 heures, la température remontera un peu au niveau 850 hPa, mais descendra encore davantage au niveau 700 hPa, avec respectivement –19°C à 1 410 mètres et –33°C à 2 810 mètres. Il s’agit là sans doute des températures les plus basses jamais observées au-dessus d’Uccle depuis que les sondages existent.

Il en a résulté un air à ce point instable que des cumulus ont pu atteindre le stade de congestus alors que la température était de –10°C au niveau du sol. Régulièrement, on observait des averses d'une neige très sèche, qui ne laissait aucune trace au sol. 

On peut donc dire, pour conclure, que chaque vague de froid a des caractéristiques propres, même si elles ont toutes un point commun : l'arrivée sur nos régions d'air arctique continental.

  

Sources

IRM
- Bulletins mensuels – observations climatologiques
- Bulletins mensuels – observations synoptiques
- Bulletins mensuels – observations aérologiques
- Revues « Ciel et Terre » (en collaboration avec l’ORB)
- Événements marquants depuis 1901
- « La vague de froid de février 1956 et les dégâts aux cultures » (A. Vandenplas)
- « Aperçu climatique des Hautes-Fagnes » (P. Mormal, C. Tricot)

KNMI
- Klimatologie/Verleden weer – Tabellen met gegevens per station
- Jaarboek 1956 van de Nederlandse lichtschepen  

Wetterzentrale – NCEP Reanalysis
- Archiv der Reanalysis-Übersichtskarten

Meteoromandie
- « Evénements météorologiques en Suisse et dans le monde en l'an 1956 » 

Journal « Le Soir »
- Article du 2 janvier 1997 par J.-C. Vantroyen 

ECA&D
- Daily Maximum Temperature in 0,1°C
- Daily Minimum Temperature in 0,1°C

MTG Meteogiornale
- « Febbraio 1956, Italia sotto la neve » (M. Rossi)

RAM Revista del Aficionado a la Meteorologia
- Algunos resúmenes diarios de los boletines del Servicio Meteorológico Nacional (SMN) del mes frío: febrero de 1956

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